Pourquoi la crise iranienne va conduire à la 3ème Guerre Mondiale. Par Mike Whitney.

Pourquoi la crise iranienne va conduire à la 3ème Guerre Mondiale

Mike Whitney

9 août 2005

informationclearinghouse.info

Traduit de l’Anglais par Julien Salingue. Mes excuses pour les imprécisions éventuelles. JS.

La vérité concernant le « prétendu » programme iranien de fabrication d’armes nucléaires n’a jamais été un sujet de controverse. Il n’y a pas de tel programme et personne n’a jamais produit le moindre fragment de preuve crédible du contraire. Cela n’a pas empêché l’administration Bush de proférer de fausses accusations et des menaces ; cela n’a pas non plus dissuadé les médias US incorporés [« imbedded medias », littéralement « les médias qui couchent avec (l’administration) » ndt] de laisser entendre que l’Iran dissimulait à l’AIEA (Agence Internationale de l’Energie Atomique) un programme de fabrication d’armes nucléaires. En fait, pour arriver à prouver que l’Iran fabrique dans le plus grand secret des armes nucléaires, les médias reprennent systématiquement les affirmations non-vérifiées de membres d’organisations comme les Moudjahidins du peuple (qui figure sur la liste des organisations terroristes établie par le Département d’Etat). Ces affirmations s’avèrent sans aucun fondement et doivent être écartées car elles ne sont qu’un nouvel aspect de la guerre de propagande menée par Washington.

Ca vous rappelle quelque chose ?

L’Iran n’a pas de programme de fabrication d’armes nucléaires. Telle est la conclusion de Mohammed El-Baradei, le responsable respecté de l’AIEA. L’Agence a mené des investigations minutieuses et quasi-ininterrompues de tous les sites suspects durant les deux dernières années et a obtenu à chaque fois le même résultat : rien. Si l’on ne peut pas avoir confiance dans les résultats de ces investigations complètes, menées par des experts en nucléaire, alors l’Agence doit être fermée et le TNP (Traité de Non-Prolifération) doit être abandonné. C’est aussi simple que cela.

C’est évidemment ce que préféreraient les Etats-Unis et Israël, dans la mesure où il n’ont pas l’intention de se conformer aux critères et aux traités internationaux et où ils sont bien décidés à engager une confrontation militaire avec l’Iran. Il semble qu’ils aient à présent le prétexte pour mener une telle attaque.

Il y a deux jours [le 7 août ndt], le porte-parole du Ministère iranien des Affaires étrangères a formellement rejeté un plan soumis par des membres de l’Union Européenne qui aurait interdit à l’Iran toute « activité relative à l’enrichissement ». Le Ministre des Affaires étrangères Hamid Reza Asefi a déclaré : « Pour l’Iran, les propositions des Européens au sujet du nucléaire ne sont pas acceptables ».

Asefi a eu raison. La proposition était de toute évidence hypocrite. Les Etats-Unis n’autorisent aucune inspection importune sur leurs sites nucléaires alors que c’est le seul Etat qui ait jamais utilisé des bombes atomiques et alors qu’elle est en train de développer tout un programme de bombes « bunker-buster » qui pourront détruire des sites d’armement souterrains hyper-protégés.

Les Etats-Unis sont aussi le seul Etat qui revendique le droit d’utiliser des bombes atomiques comme armes offensives si jamais ils ont l’impression que leur sécurité nationale est en jeu.

Le Traité de Non-Prolifération est entièrement conçu pour harceler les Etats qui n’ont pas encore développé d’armes nucléaires et pour les forcer à se soumettre à des règles édictées par les Etats les plus puissants. Son objectif n’est pas de préserver la paix mais de maintenir en place les rapports de domination actuels.

Et malgré cela, l’Iran ne « viole » pas le Traité en allant plus loin dans son programme « [d’] enrichissement de l’uranium ». Ils n’ont même pas les centrifugeuses qui leur permettraient de mener à bien un tel procédé. La réouverture du complexe d’Ispahan veut dire qu’ils vont continuer le procédé de « conversion » pour produire le combustible nucléaire nécessaire dans les centrales nucléaires. Tout cela est autorisé par le TNP. Ils avaient provisoirement renoncé à ce droit et accepté d’autres mesures pour restaurer la confiance et montrer aux Européens leur volonté d’aboutir à une solution raisonnable tenant compte des préoccupations de chacun. Mais désormais, sous la pression de l’administration Bush, l’UE essaie de revenir sur ses engagements et de modifier les termes du Traité lui-même.

Pas question !

Jusqu’à présent, l’Iran a joué les règles du jeu et mérite d’être considéré d’égal à égal avec les autres signataires du Traité. Les Européens (la Grande-Bretagne, l’Allemagne et la France) sont simplement en train de faire marche arrière pour calmer Washington et Tel Aviv. D’ailleurs, quand l’Iran rouvrira sa centrale, l’Agence « chien de garde » de l’ONU (l’AIEA) sera sur place pour installer les caméras de vidéosurveillance requises et se remettra à superviser tout ce qui se passe durant le cycle de fabrication du combustible.

L’Iran a montré son impassibilité face aux intimidations de Washington. En agitant la menace d’un recours à la force militaire, l’Administration Bush a utilisé l’UE pour imposer ses critères à géométrie variable. Mais cela ne suffit pas à cacher le fait qu’il y a deux poids et deux mesures dans leurs exigences : pourquoi l’Iran devrait renoncer à la fabrication de combustible nucléaire alors que c’est un droit reconnu par le Traité ? Israël ou le Pakistan accepterait-ils une telle proposition ?

Bien sûr que non. Ces deux pays ignorent complètement le Traité et fabriquent leurs propres armes nucléaires dans le dos de la communauté internationale. Seul l’Iran a été montré du doigt et puni pour s’être conformé au Traité. Cela illustre la capacité de Washington à imposer les règles du jeu à l’échelle internationale.

Le refus de l’Iran oblige l’UE à transmettre le dossier à l’AIEA dont les dirigeants vont décider si le cas de l’Iran doit ou non être inscrit à l’ordre du jour du Conseil de Sécurité des Nations Unies. La décision de l’AIEA ne changera pas grand chose. Bush, Sharon et les médias occidentaux vont exploiter les moindres détails pour aller dans le sens d’une mise en cause de l’Iran et préparer ainsi le terrain pour une attaque préventive. La marche vers la guerre ne sera pas interrompue par de simples faits.

Les Iraniens ont admirablement surmonté les critiques des médias et les accusations mensongères de l’Administration Bush. Ils ont répondu avec prudence et ils ont cherché des solutions raisonnables à des problèmes épineux. Ils ont cependant été inébranlables dans la défense des droits que leur confère le TNP. Cette constance dans leur comportement laisse supposer qu’ils seront également inébranlables s’ils sont la cible d’une agression délibérée. On doit s’attendre à ce qu’ils répondent en utilisant toute leur puissance, sans se préoccuper des menaces de représailles nucléaires. Et ils auraient raison. Il suffit de regarder l’Iraq pour voir se qui se passe quand on ne se défend pas lorsque l’on est attaqué. C’est ce qu’il y a de pire.

Le peuple iranien doit savoir que son gouvernement fera tout ce qui est en son pouvoir pour défendre les frontières, la souveraineté nationale et le droit de vivre en paix sans être sous la menace d’une intervention étrangère. Cela impliquera bien sûr d’attaquer Israël et les forces US en Iraq. Que les Etats-Unis prennent part ou non aux premiers raids est sans importance. Comme le dit M. Bush lui-même, les alliés de « ceux qui nous font du mal » sont tout aussi coupables que ceux qui mènent eux-mêmes les attaques. En l’occurrence, ce sont les Etats-Unis qui ont fourni [à Israël ndt] les avions longue distance et les munitions « bunker-busting » qui seront utilisées dans l’assaut prévu. La responsabilité de l’Administration Bush est incontestable.

On doit s’attendre à ce que le gouvernement iranien ait une stratégie sur le long terme pour cette guerre « asymétrique », qui consistera à interrompre la circulation du pétrole et à s’en prendre aux intérêts US dans le monde entier. En effet, si quelqu’un est confronté à un ennemi implacable qui est engagé dans une politique de « changement de régime », il n’y a aucune raison qu’il se prive de faire ce qui est nécessaire pour vaincre cet ennemi. Jusqu’à présent, aucun Iranien n’a été impliqué dans les attentats terroristes à Londres, en Espagne, en Turquie, en Indonésie, en Arabie Saoudite ou aux Etats-Unis. Les choses vont certainement changer. Les Services secrets iraniens ont probablement déjà planifié des opérations clandestines qui seront exécutées dans le cas d’une agression délibérée. L’Iran pourrait également devenir un soutien actif des groupes terroristes internationaux et fournir de nouvelles recrues dans la guerre contre les intérêts US. En définitive, une attaque contre l’Iran ne pourra être interprétée que comme une déclaration de guerre totale.

C’est bien cela, non ?

Si l’Iran répond en s’en prenant à Israël ou aux Etats-Unis en Iraq, alors les deux Etats vont mettre en pratique un plan déjà conçu pour détruire tous les sites iraniens d’armes biologiques, chimiques et conventionnelles. En réalité, c’est cela le véritable objectif des Etats-Unis, et non la destruction des complexes d’armement nucléaire « imaginaires ». Les Etats-Unis et Israël veulent désarmer le régime des Mollahs afin de pouvoir contrôler des ressources décisives et d’éliminer la possibilité d’avoir dans le futur un rival régional potentiel.

Cependant, sur le moyen terme, ce plan est confronté à des difficultés. Il n’y a pas actuellement de marge de manœuvre au niveau des réserves mondiales de pétrole. La plupart des experts prévoient des ruptures d’approvisionnement au quatrième trimestre de cette année. Si l’Administration engageait sa guerre contre l’Iran il y aurait choc pétrolier mondial qui pourrait être une catastrophe. Sachant cela, le communiqué publié la semaine dernière selon lequel Dick Cheney aurait demandé à STRATCOM (Stategic Command) d’établir « un plan de réserve en cas de guerre nucléaire contre l’Iran » est probablement un signe de jusqu’auboutisme destiné à dissuader l’Iran de répondre et d’envenimer le conflit [en cas d’attaque ndt].

Cela ne change rien. Si l’Iran est attaqué, l’Iran répliquera. Cela ne fait aucun doute.

Les extrémistes font toujours l’erreur de mal juger les attitudes des hommes raisonnables ; de même, les hommes raisonnables font toujours l’erreur mal de juger les attitudes des extrémistes.

Nous ne devons pas attendre de l’administration Bush qu’elle fasse un choix raisonnable. Ce serait une rupture spectaculaire avec tout ce qu’elle a fait jusqu’à présent.

Le Président des Etats-Unis a toujours la possibilité de déclencher l’Armageddon si telle est sa volonté. Dans le cas contraire, normalement, c’est le bon sens qui l’emportera.

Quand les bombes frapperont les bunkers en Iran, la Troisième Guerre Mondiale sera en marche.