Une majorité d’Américains veulent le retrait des troupes d’Irak. Par Jean Peltier.

Une majorité d’Américains veulent le retrait des troupes d’Irak

Jean Peltier

24 Juillet 2005

Semaine après semaine et sondage après sondage, deux grandes tendances se confirment aux Etats-Unis. La popularité de Bush plonge et est maintenant nettement en dessous des 50% tandis que l’hostilité à la poursuite de l’occupation militaire de l’Irak grandit.

Début juin, un sondage réalisé pour le quotidien USA Today indiquait que 59% des Américains souhaitent que les Etats-Unis procèdent à un retrait total ou partiel de leurs troupes d’Irak.

Les deux tendances sont évidemment étroitement liées. Malgré le pilonnage pro-guerre et pro-Bush des grands médias, les Américains se rendent compte que, loin de s’améliorer, la situation continue à se dégrader en Irak. David Rumsfeld, secrétaire à la Défense et va-t’en-guerre de première classe, a dû le reconnaître lui-même en déclarant que " L’Irak n’est statistiquement pas plus sûr aujourd’hui qu’après la chute de Saddam Hussein ".

Les statistiques qui tracassent Rumsfeld ne sont sans doute pas les 100.000 Irakiens qui, selon des estimations réalisées pour les Nations-Unies, ont trouvé la mort depuis l’invasion américaine. Ce sont plutôt les pertes matérielles et humaines qu’encaisse l’armée US - plus de 1.600 GI sont morts depuis que Bush a annoncé la fin de la guerre il y a deux ans - et l’effet que cela a sur le moral des troupes. Car celui-ci part en chute libre. Beaucoup de soldats sont partis en Irak persuadés qu’ils allaient libérer le pays et qu’ils seraient accueillis à bras ouverts par la population. Or, à la place de fleurs, ce sont des crachats, des pierres et une hostilité générale qu’ils reçoivent. Quand elles sortent de leurs bases ultra-protégées, les patrouilles risquent à tout moment de tomber dans des embuscades. En réaction, les soldats tirent à vue aux contrôles routiers ou lors des attaques nocturnes contre les quartiers sensés abriter des " terroristes ", ce qui renforce en retour la haine dans la population.

Désertions et résistance

Cette situation de tension extrême est de plus en plus mal vécue par les soldats US. Malgré le blocus total mis par l’Etat-major sur toutes les informations concernant le contingent américain en Irak, des informations commencent à percer. Les auto-mutilations se multiplient, les soldats blessés espérant être renvoyés chez eux. Plus étonnant encore, l’armée US elle-même a dû reconnaître plus de 6.000 désertions depuis le début de la guerre. Durant la même période, le nombre de demandes du statut d’objecteurs de conscience a triplé. Tout comme pendant la guerre du Vietnam, des organisations de soldats revenus d’Irak et de parents de soldats morts se développent et jouent un rôle important dans le mouvement contre la guerre.

Rien d’étonnant dans ces conditions que l’armée US rencontre aujourd’hui un autre gros problème, celui du recrutement. Le nombre de volontaires pour partir en Irak étant lui aussi en chute libre, l’armée est obligée de multiplier les opérations de recrutement dans les écoles. C’est pourquoi le mouvement anti-guerre aide à développer un mouvement d’étudiants et de lycéens contre le recrutement militaire, qui dénonce les mensonges et les fausses promesses des militaires et multiplie stands et réunions de contr’information dans les écoles.

Si, dans les années ’60 et ’70, les Etats-Unis ont perdu la guerre, ce n’est pas uniquement sur le terrain - dans les rizières, les forêts et les quartiers populaires du Vietnam - mais tout autant sur les campus universitaires américains. La guerre actuelle en Irak pourrait bien elle aussi être perdue autant dans les écoles et les villes US que dans les sables de Bagad.