La destruction du système éducatif irakien sous l’occupation américaine. Par Ghali Hassan

La destruction du système éducatif irakien sous l’occupation américaine

Ghali Hassan

Traduit de l’anglais par J-M Flémal

« Avant 1991, le système d’éducation en Irak était l’un des meilleurs de la région, avec un taux de participation générale de 100% pour l’enseignement primaire et de hauts taux d’alphabétisation, tant pour les femmes que pour les hommes. L’éducation supérieure, et tout particulièrement dans les institutions scientifiques et technologiques, était d’un niveau international et bénéficiait d’un personnel d’encadrement de haute qualité.  » (UNESCO Fact Sheet, 28 mars 2003)

Depuis 1990, les Etats-Unis visent le système d’enseignement irakien pour le détruire.

Durant la guerre de 1991 dirigée par les EU, les infrastructures civiles irakiennes ont été systématiquement bombardées et détruites.

L’aviation américaine a bombardé et mitraillé sans discrimination.

Les sanctions imposées par les EU, appliquées avec sévérité et sans le moindre respects du bien-être de la population civile, a détruit les systèmes d’éducation et de santé de l’Irak.

La stratégie américaine contre l’Irak est allée au-delà des « cibles strictement militaires ». Le but était la destruction complète de la société irakienne et de ses ressources reposant sur la connaissance.

Avant la guerre dirigée par les Etats-Unis et l’imposition des sanctions, l’Irak avait l’un des meilleurs systèmes éducatifs du Moyen-Orient.

L’éducation et la santé étaient gratuits à tous les niveaux. Dans les années 1980, un programme gouvernemental réussi visant à éradiquer l’analphabétisme parmi les hommes et les femmes irakiens avait été mis en place.

Avant la guerre du Golfe, 92 pour-cent de tous les enfants en âge scolaire allaient à l’école. Le taux de fréquentation des écoles a toujours été élevé en Irak puisque l’enseignement primaire était obligatoire jusqu’au moment de l’invasion américaine en 2003.

Selon l’UNESCO, jusqu’en 1989, l’Irak allouait 5 pour-cent de son budget à l’éducation. C’est plus que le taux maximal dans les pays en voie de développement, qui se situe à 3,8 pour-cent. L’Irak était également la destination préférée des étudiants du Moyen-Orient, d’Afrique et du monde musulman. Des milliers d’étudiants s’y sont rendus pour étudier et améliorer leur existence.

Lors de la guerre contre l’Irak, en 1991, les Etats-Unis ont délibérément bombardé et détruit infrastructures civiles, installations de traitement des eaux, laiteries, centrales électriques, écoles, hôpitaux, usines de production pharmaceutique, centres de communications, mosquées, églises, abris pour civils, zones résidentielles, sites historiques, routes et ponts, systèmes d’irrigation, véhicules privés et bâtiments gouvernementaux civils. Le but de ces attaques étaient de détruire la vie et les biens privés et, dans l’ensemble, de terroriser la population civile irakienne.

En outre, les Etats-Unis et la Grande-Bretagne ont ensuite continué à s’opposer à la levée des sanctions imposées à l’Irak en 1990, afin de s’assurer que l’Irak serait incapable de réparer ou de remplacer la majeure partie de ce qui avait été détruit. « Nous sommes occupés à détruire une société entière. C’est aussi simple et aussi terrifiant que cela. C’est illégal et immoral », déclarait Dennis Halliday, ancien secrétaire général adjoint de l’ONU et coordinateur humanitaire en Irak lors de sa démission, en 1998.

Plus de 1,5 million d’Irakiens sont morts, dont un tiers d’enfants de moins de cinq ans, dans ce génocide planifié contre des innocents.

Comme l’écrivait le professeur Ward Churchill de l’Université du Colorado : « Nous ne trouvons le compte rendu d’aucune manifestation de quelque importance protestant contre la destruction généralisée des enfants irakiens » durant les treize années de sanctions génocidaires. Comme d’habitude, « l’opposition » occidentale aux guerres d’agression a été passive et, une fois que les bombardements criminels contre les villes irakiennes ont recommencé, en 2003, c’est devenu une « distraction à domicile » et le silence est devenu assourdissant.

Le système éducatif de l’Irak a été la cible des actions militaires américano-britanniques parce que l’éducation est la colonne vertébrale de toute société. Sans un système d’enseignement efficace, aucune société ne peut fonctionner. Les écoles et les universités ont été bombardées et détruites.

L’Université d’al-Mustansiriyah, l’une des plus vieilles écoles du monde, avec une histoire remontant à mille ans au moins, a été bombardée et partiellement détruite. C’est ici, en 1980, que des agents iraniens ont tenté d’assassiner le Premier ministre Tariq Aziz – une action terroriste qui contribua à précipiter la guerre irako-iranienne. Après la guerre de 1991, les inspecteurs de l’UNSCOM, dirigés par l’Australien Richard Butler, brûlèrent tous les ouvrages de chimie de la bibliothèque de l’université. Toutes les autres universités irakiennes allaient voir leurs bouquins scientifiques brûlés par l’UNSCOM. 

De plus, les sanctions et les guerres des Etats-Unis forcèrent bien des travailleurs spécialisés irakiens à quitter le pays au cours de ce qu’on a appelé la « fuite des cerveaux » irakiens. On estime qu’entre 30 et 40 pour-cent des enseignants irakiens les mieux formés ont fui dans d’autres pays. Sous les sanctions, le contact de l’Irak avec le reste du monde s’est également restreint et cela a contribué à la détérioration du système éducatif irakien. Pour compléter l’isolement de l’Irak et lui infliger plus de mal encore, le comité des sanctions, contrôlé par les Etats-Unis, a interdit l’entrée en Irak de tout matériel éducatif (y compris les crayons, dont le comité a prétendu qu’ils pouvaient être transformés en « armes de destruction massive » par les enfants irakiens, le papier et les manuels scolaires).

Une étude récemment publiée par l’Institut de la Direction internationale de l’Université des Nations unies (UNU) en Jordanie a révélé que « la dévastation du système irakien d’enseignement supérieur avait été négligée parmi d’autres résultats catastrophiques de la guerre mais qu’il représentait une conséquence importante des conflits, des sanctions économiques et des troubles qui se poursuivent en Irak » et qui avaient été provoqués par la politique militaristes des Etats-Unis.

De plus, « quelque 84 pour-cent des institutions irakiennes d’enseignement supérieur ont été incendiées, pillées ou détruites. Quelque 2.000 laboratoires ayant besoin d’être rééquipés et 30.000 ordinateurs doivent être remplacés et installés partout dans le pays », a déclaré Jairam Reddy, directeur de l’UNU. « L’Académie irakienne des Sciences, fondée en 1948 afin de promouvoir la langue et l’héritage arabes, a vu sa bibliothèque digitale et traditionnelle partiellement pillée durant la guerre et à elle seule, elle a besoin d’un million de dollars en réparations d’infrastructures pour se réinstaller en tant que centre de recherche de pointe », a révélé l’étude.

Il n’y eut pas pénurie de bombes pour détruire l’Irak, mais « il n’y avait pas assez de pupitres, de chaises ou de classe et la plupart des écoles manquaient même d’eau courante ou d’installations sanitaires », ajoutait le rapport. Selon l’Unicef, le fonds des enfants des Nations unies, les systèmes éducatifs primaire et secondaire de l’Irak ont continué à subir les ruines de la guerre et un enfant sur quatre, presque, n’a plus accès à l’enseignement depuis l’occupation américaine.

L’actuel programme d’enseignement scolaire irakien est un programme mis au point par les Etats-Unis afin de laver les cerveaux des enfants irakiens.

Les Autorités d’occupation américaines (CPA) ont écarté tout contenu jugé anti-américain, y compris sur la guerre du Golfe de 1991, la guerre irako-iranienne et toutes références à la politique israélienne en Palestine à l’aide américaine à Israël. « Des pans entiers de l’histoire du 20e siècle ont été supprimés », a déclaré Bill Evers, un employé du département américain de la Défense et l’un des trois « conseillers » américains au ministère de l’Education. Il convient de noter que ces « conseillers » américains dont des agents triés sur le volet qui prennent les décisions majeures dans les ministères irakiens (c’est-à-dire que ce ne sont pas les collabos désignés par les Etats-Unis et occupant les cabinets qui prennent les décisions). « Nous avons considéré que tout ce qui était anti-américain était de la propagande et nous l’avons supprimé. Dans certains cas, nous avons dû liquider des chapitres entiers », a déclaré Fuad Hussein, un expatrié irakien du ministère de l’Education. En d’autres termes, M. Hussein a pris la décision de liquider la « propagande » et de la remplacer par des programmes « libérés ».

Avant le « transfert de souveraineté » prévu en juin 2003, Paul Bremer, l’ancien proconsul américain à Bagdad, avait sorti une séries d’« édits » qui supprimaient virtuellement tous les pouvoirs naguère détenus par plusieurs ministres », rapportait le Wall Street Journal le 13 mai 2004. En outre, Bremer a fait passer les « Ordonnances de Bremer », un ensemble de « lois » coloniales connues largement sous l’appellation des « 100 ordonnances ».

« Les ordonnances de Bremer contrôlent tous les aspects de la vie irakienne – depuis l’usage des klaxons des voitures jusqu’à la privatisation des entreprises d’Etat. Par exemple, « l’Ordonnance n° 39 à elle seule ne fait pas moins que « faire passer l’Irak (…) d’une économie planifiée centralement à une économie de marché, quasiment du jour au lendemain et sous contrôle américain », a écrit Antonia Juhasz, une spécialiste du Forum international sur la Globalisation de San Francisco. L’Ordonnance n° 37 va ramener le taux de l’impôt sur les sociétés d’environ 40 pour-cent à un taux plancher de 15 pour-cent. La description exacte de l’économie irakienne est une économie de « rêve capitaliste ». La société virginienne BearingPoint Inc. A reçu pour 250 millions de dollars de contrats afin de faciliter la curée.

Le 22 mai, Bush signait l’Ordre exécutif 13303 accordant l’immunité à toute société américaine s’occupant du pétrole iranien, et ce jusque 2007. L’ordre « déclare unilatéralement le pétrole irakien du ressort irréfutable des sociétés américaines… En d’autres termes, si Exxon Mobil ou Chevron Texaco touchent le pétrole irakien, ils seront à l’abri des procédures légales aux Etats-Unis » ; a déclaré Jim Vallette, directeur des recherches pour le Réseau de l’Energie durable et de l’Economie. Cela fait ressembler davantage la nouvelle « souveraineté » à une dictature coloniale américaine sans la moindre « démocratie » ni indépendance nationale. C’est pourquoi les élections de janvier constituaient un piège cousu main par les Américains afin de légitimer l’occupation américaine de l’Irak.

Néanmoins, ces « ordonnances » et thérapies économiques fabriquées par les Etats-Unis sont illégales et violent les Conventions de Genève et les Réglementations de La Haye, lesquelles stipulent que les occupants « doivent respecter les lois existantes dans le pays sauf si on les en empêche ». Selon la législation internationale, les occupants « ne peuvent vendre des biens de l’Etat » du pays occupé. En outre, ces « ordonnances » sont illégales parce qu’elles ont été décrétées sans l’accord tacite du gouvernement irakien légitime, mais sous la menace des forces militaires américaines.

Pour encore corser les choses sur le plan de l’enseignement en Irak, la reconstruction du pays s’est muée en le « plus grand scandale de corruption de l’histoire ». En avril 2003, l’USAID a accordé une contrat d’un an, portant sur 62 millions de dollars, à Creative Associates International Inc. (CAII), et un autre de 1,8 milliard de dollars à Bechtel Corporation pour reconstruire les infrastructures irakiennes, y compris les écoles et les institutions d’enseignement supérieur, sans offre publique. Seule un marché sur invitation seulement a été accordé au cours d’un processus secret. « Pour cette seule tournée de contrats, Bechtel s’est également vu garantir 80 millions de dollars de plus pour les bénéfices de la compagnie », écrivait Jeffrey St. Claire, auteur de Grand Theft Pentagon (Le grand vol du Pentagone). « Alors que la situation continuait à se détériorer pour les forces militaires américaines en Irak (…) L’an dernier, Bechtel a gagné plus de 17 milliards de dollars pour la première fois », a ajouté St. Clair.

Le palmarès de Bechtel dans les affaires truquées n’a pas rapporté grand-chose au peuple irakien. Son palmarès en Bolivie et en Inde a laissé des communautés pauvres sans qu’elle puissent s’offrir l’eau potable, désormais hors de prix. Les fonctionnaires américains ont souvent mis en exergue leur rénovation des écoles comme s’il s’agissait d’une réussite pour l’Irak sous l’occupation. Toutefois, en dépit de l’importance des contrats, quasiment rien n’a été fait pour reconstruire ou remettre en état les écoles et universités irakiennes. « Des écoles renseignées comme entièrement reconstruites sont en fait inondées par les égouts et manquent de mobilier, mais elles ont été repeintes à neuf », écrivait Christian Parenti de The Nation. Et, en effet, on ne repeint les écoles que pour couvrir les slogans de l’ancien régime du mur et les remplacer par les mensonges de George Bush gonflés de rhétorique sur la « démocratie » et la « libération ». Une cliché de propagande destiné à manipuler l’opinion publique en Occident (et aux EU en particulier) et faire progresser l’agenda impérialiste américaine de domination militaire du monde.

Dans un rapport récent, Antonia Juhasz faisait remarquer : « Les doléances constantes émanant des fonctionnaires du ministère irakien de l’Education et des préfets des écoles dans lesquelles Bechtel avait travaillé, consistent en ce que le travail est soit inexistant et bâclé, soit qu’il met souvent en danger la santé et la sécurité des étudiants. » Il n’y a pas « d’amélioration des infrastructures et on n’a pas acheté d’équipements neufs », a déclaré Muzhir Al-Dulaymi, porte-parole de la Ligue pour la Défense des Droits du Peuple irakien, à Al Jazeera, le 28 mai 2004.

Bechtel balaie ces doléances de la sorte : « Qu’importe ce que nous faisons, les Irakiens n’y gagneront jamais », a rapporté CorpWatch, une organisation anticorruption siégeant aux Etats-Unis. Le milliard de dollars approuvé par le Congrès pour la « reconstruction » de l’Irak était tout simplement un « don » des contribuables américains aux sociétés privées américaines, et non pas au peuple irakien. En d’autres termes, les citoyens américains subventionnent Bechtel, Halliburton et d’autres entreprises américaines.

En octobre 2004, le CPA a payé 12 milliards de dollars aux entrepreneurs du Fonds de développement de l’Irak (DFI) au lieu d’utiliser l’argent affecté par la Congrès à la « reconstruction de l’Irak ». En d’autres termes, le CPA a utilisé les revenus pétroliers irakiens pour rembourser les entrepreneurs américains – de l’argent qui, avant la guerre, avait été déclaré (par le secrétaire d’Etat Powell) argent du « peuple irakien ».

Selon un audit indépendant réalisé par KPMG pour le compte du multilatéral International Advisory and Monitoring Board (IAMB – Bureau international de conseil et de monitoring) pour l’Irak, instauré en tant que bureau de contrôle suite à la résolution 1483 du Conseil de sécurité de l’ONU, presque 1,5 milliard de dollars ont été retiré du DFI pour payer Halliburton. Alors que les enfants irakiens décrochent de l’école et meurent de malnutrition, l’argent irakien nourrit grassement les directeurs de Halliburton et leurs amis, y compris le vice-président américain Dick Cheney.

L’IAMB et les responsables de l’audit travaillant pour la Commission consultative des Nations unies pour l’Irak, de même que l’inspecteur général du CPA, ont depuis lors reproché aux autorités d’occupation des négligences et des erreurs de comptabilité pour plus de 9 milliards de dollars en biens confisqués (y compris les revenus pétroliers de l’Irak), c’est-à-dire en DFI. Ces 9 milliards de dollars ont tout simplement disparu. Les contrôleurs ont découvert une longue série d »’irrégularités, y compris l’absence d’offres concurrentielles pour d’importants contrats, le manque d’information sur les contrats mêmes, des paiements de contrats qui n’avaient pas été supervisés et, dans certains cas, du vol pur et simple. « Le milliard de dollars en argent du pétrole qui a déjà été transféré au [CPA] sous contrôle américain a effectivement disparu dans le trou noir financier », rapportait Christian Aid, une organisation humanitaire britannique. Protégé par la présence de plus de 200.000 militaires et mercenaires américano-britanniques, l’Irak est plus importante « pillocratie » impériale de l’histoire du colonialisme occidental ainsi qu’une économie de rêve pour le capitalisme.

Le système d’enseignement irakien a également été victime de la violence instiguée par l’occupation. L’absentéisme scolaire permanent est devenu très important, surtout chez les filles, suite à la violence et aux enlèvements. De nombreuses écoles des villes et villages de l’Irak ont été fermées, empêchant des centaines de milliers d’enfants de bénéficier de l’éducation primaire. « Environ 50 pourcent des enfants ne vont pas à l’école parce que leurs parents sont trop effrayés de les y envoyer, après avoir entendu ces histoires sur les enlèvements d’enfants moyennant rançons », a déclaré à l’IRIN un porte-parole de Save the Children UK (Sauvez les Enfants GB), Paul Hetherington. En outre, la malnutrition parmi les enfants irakiens a presque doublé, passant de 4 pour-cent en 2002 à environ 8 pour-cent depuis l’invasion et l’occupation de l’Irak par les Américains. L’actuelle occupation et la violence qui y est associée provoquent de graves dégâts parmi les enfants irakiens et pour le futur à long terme de l’Irak.

Bien que le rapport de l’UNU fit remarquer brièvement que seulement « quatre douzaines de personnalités universitaires ont été assassinés », le nombre réel est bien plus élevé. Dans une politique brutale et assassine baptisée « débaathification », des milliers d’universitaires, de scientifiques et d’hommes politiques irakiens de premier plan ont été assassinés. En compagnie de la CIA, des agents du Mossad israélien, d’éléments criminels et de milices comprenant les Pechmerga kurdes, la brigade Badr entraînée en Iran, l’INA d’Iyad Allawi et l’INC d’Ahmed Chalabi, ont terrorisé toute une nation et assassiné sa communauté intellectuelle tout entière.

Deux années d’occupation et de violences incessantes ont tué des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants innocents. Le rapport scientifique de novembre 2004 publié par le très respectable journal médical britannique The Lancet montre que de mars 2003 à octobre 2004, les forces américaines ont tué plus de 100.000 civils irakiens. Les auteurs du Lancet reconnaissent que la plupart des victimes étaient des femmes et des enfants innocents tués au cours des bombardements des centres de population par les Américains. Le nombre d’Irakiens tués augmente chaque jour.

Au lieu de condamner et de dénoncer les crimes de cette occupation illégale, les élites libérales occidentales et les organisateurs « anti-guerre » resserrent les rangs avec leurs propres gouvernements et ont délibérément rejeté le blâme sur la résistance irakienne avec une sophistication sans cesse accrue. Ce mensonge bien connu vise à discréditer la résistance irakienne et à refuser au peuple irakien la légitimité d’un mouvement de résistance contre une force d’occupation illégale. Après tout, les Etats-Unis et leurs collaborateurs ont tout à gagner dans un Irak divisé et empêtré dans ses violences sectaires.

Comment les élites libérales et les organisateurs « anti-guerre » peuvent-ils blâmer la résistance irakienne de cette violence ?

Qui a commis les atrocités de Fallujah, où plus de 6.000 hommes, femmes et enfants innocents ont été massacrés au napalm et aux armes chimiques ? Où sont les élites libérales et les organisateurs « anti-guerre » quand l’héritage culturel irakien, qui se trouve au cœur de la civilisation de l’homme, subit destructions et pillages ?

Très peu de personnes en Occident ont entendu les cris des victimes de Fallujah. Les atrocités ont été vendues comme étant une « étape nécessaire » pour imposer la « démocratie » à l’occidentale.

En de nombreuses occasions, la résistance irakienne a rejeté la violence contre les civils et a appelé les journalistes étrangers à séjourner en Irak et à faire leurs reportages honnêtement. Par contraste, les troupes américaines ont emprisonné et tué des journalistes qui couvraient le point de vue sur la guerre de la résistance irakienne. En effet, les troupes américaines en Irak ont tué plus de 13 journalistes. Il n’est pas nécessaire d’effectuer des tas de recherches pour découvrir pourquoi les troupes américaines visent les journalistes indépendants.

Aujourd’hui, de nouvelles cités et villes irakiennes subissent le même siège que Fallujah. On n’autorise pas les gens à quitter leurs maisons et ils n’ont ni nourriture ni médicaments. Les villes de Ramadi et de Qaim dans l’ouest de l’Irak, pour n’en mentionner que deux, subissent le siège des forces américaines depuis de nombreux jours. Des hôpitaux ont été détruits afin de gommer dans les banques de données des hôpitaux le nombre de civils tués par les troupes américaines. Ecoles, universités et bureaux gouvernementaux sont fermés. Des arrestations arbitraires d’hommes, de femmes et d’enfants se sont soldées par l’emprisonnement de nombreux jeunes hommes, femmes et enfants. Des dizaines de milliers d’Irakiens sont aujourd’hui emprisonnés et torturés dans des centaines de prisons dirigées par les Américains un peu partout en Irak.

S’il n’y avait eu la résistance irakienne, l’Irak aurait été soldé aux sociétés privées américaines et la Syrie et l’Iran auraient été attaquées depuis belle lurette par les Etats-Unis dans la poursuite de leur hégémonie. En conséquence de la forte résistance irakienne, le recrutement au sein de l’armée américaine est à son niveau le plus bas et la guerre devient très impopulaire parmi les citoyens de la (des) puissance(s) impériale(s). Et la prétendue « coalition des hommes de bonne volonté » s’effiloche et perd justement de sa volonté. Même le président des chefs d’état-major unis des Etats-Unis, le général Richard Myers, a reconnu la présence d’une résistance irakienne efficace aux troupes américaines, même si les Etats-Unis utilisent peut-être la présence de la résistance comme un prétexte pour justifier la poursuite de l’occupation. Les élites libérales et les organisateur « anti-guerre » doivent toutefois avoir un impact sur la politique de leurs propres gouvernements.

En attendant, des centaines de milliers d’enfants irakiens ne vont plus à l’école et des spécialistes irakiens de grande expérience, qu’on avait naguère appelés « les Allemands du Moyen-Orient » pour leur prouesses techniques, sont sans travail. Le taux de chômage en Irak voisine les 70 pour-cent, aujourd’hui. Les Irakiens regardent leur pays et leur société détruits et pillés par une puissance impériale armée flanquée de ses sociétés privées. On ne peut que les louer pour leur courage de rester et de poursuivre la lutte contre les ennemis. « La bravoure et le dévouement des professeurs [et autres professionnels] demeurés dans un Irak écartelé devrait inspirer un soutien rapide, sensé et pratique de la part de la communauté universitaire internationale », déclare le sous-secrétaire générale de l’ONU, Hans van Ginkel, recteur de l’UNU siégeant à Tokyo.

Les actions urgentes les plus nécessaires en Irak aujourd’hui ne sont autres que la fin de la violence américaine, le relance des systèmes irakiens d’enseignement et de santé. « Remettre sur pied le système d’enseignement supérieur en Irak constitue, de nombreuses manières, une condition préalable au relèvement à long terme du pays dans son ensemble », a déclaré Jairam Reddy de l’UNU.

Les universitaires et enseignants du monde entier devraient lancer une campagne pour que soit mis un terme à l’occupation et qu’on utilise les recommandations fournies par les auteurs du rapport de l’Observatoire en Irak (http://web.mit.edu/cis/www/mitejmes/OpeningDoors.pdf ) comme un repère afin d’aider le peuple de l’Irak à reconstruire son système d’enseignement. Le rapport déclarait : « Les universités américaines devraient s’abstenir de se faire concurrence pour les subventions dans l’enseignement supérieur de l’USAID tant que l’occupation militaire de l’Irak ne sera pas terminée et qu’il n’y aura pas un gouvernement indépendant et souverain en Irak. Cela dit, les institutions devraient faire un effort pour nouer des contacts et proposer leur savoir-faire à la communauté académique irakienne, sur base informelle, en préparation de ce moment. »

La stratégie délibérée des Américains visant tout autre chose que des « cibles strictement militaires », y compris le système d’enseignement irakiens, constitue un crime de guerre majeur. En outre, des preuves légales ont montré que la guerre en Irak équivalait à « un délit d’agression ». Manifestement, les guerres des Etats-Unis contre l’Irak ont violé les Réglementations de La Haye (1923) sur la guerre aérienne (article 22) et la 4e Convention de Genève relative à la protection des personnes civiles en temps de guerre (article 3).

Une des principales raisons de la mise sur pied du tribunal de Nuremberg résidait dans le fait que l’Allemagne n’avait pas poursuivi ses propres criminels de guerre au lendemain de la Première Guerre mondiale. La mise en place d’un tribunal international contre les crimes de guerre, identique au tribunal de Nuremberg, afin d’enquêter et de lancer des poursuites contre ceux qui ont commis ces crimes contre le peuple irakien, tel devrait être le but de la communauté mondiale aujourd’hui.