La stratégie nationale de sécurité des Etats-Unis d’Amérique. Maison Blanche

La stratégie nationale de sécurité des Etats-Unis d’Amérique

Septembre 2002, La Maison Blanche - Washington

Traduit par Daniel Martin

Note du traducteur : le début de ce texte, ci-dessous, résume les neuf chapitres qui suivent

Les grandes luttes du vingtième siècle entre la liberté et les totalitarismes ont pris fin avec une victoire décisive des forces de liberté - et un modèle unique de réussite nationale, basé sur la liberté, la démocratie et la libre entreprise. Au vingt-et-unième siècle, seules les nations qui partagent un engagement à protéger les droits fondamentaux de l’Homme et à garantir la liberté politique et économique pourront libérer le potentiel de leur peuple et assurer leur prospérité future. Partout, les gens veulent être libres de parler, d’élire ceux qui les gouverneront, de pratiquer le culte de leur choix, de donner un enseignement à leurs enfants - qu’il s’agisse de garçons ou de filles, de posséder des biens et de profiter des fruits de leur travail. Ces valeurs de liberté sont justes et vraies pour toute personne, dans toute société - et le devoir de protéger ces valeurs contre leurs ennemis est partagé par tous ceux qui aiment la liberté, partout et depuis toujours.

Aujourd’hui, les Etats-Unis sont dans une enviable situation de puissance militaire incomparable et de grande influence économique et politique. Conformément à notre héritage et à nos principes, nous n’utilisons pas notre puissance pour obtenir un quelconque avantage unilatéral. Nous cherchons, au contraire, à créer un équilibre des forces qui favorise la liberté des hommes, des conditions permettant à toutes les nations et toutes les sociétés de choisir elles-mêmes la récompense et les défis de la liberté politique et économique. Dans un monde en sécurité, les gens pourront rendre leur vie meilleure. Nous défendrons la paix en combattant les terroristes et les tyrans. Nous ferons durer la paix en construisant de bonnes relations entre les grandes puissances. Nous ferons progresser la paix en soutenant les sociétés libres et ouvertes sur tous les continents.

La défense de notre Nation contre ses ennemis constitue l’engagement premier et fondamental du Gouvernement Fédéral. De nos jours, cette tâche a changé d’une manière radicale. Dans le passé, pour mettre en danger l’Amérique, il fallait à des ennemis de grandes armées et de grandes capacités industrielles. Aujourd’hui, des réseaux d’hommes de l’ombre peuvent nous infliger des souffrances et un chaos considérables, pour un coût inférieur au prix d’achat d’un seul char. Des terroristes se sont organisés pour infiltrer les sociétés ouvertes et pour tourner contre nous le pouvoir des technologies modernes.

Pour vaincre cette menace nous devons utiliser tous les moyens à notre disposition - la puissance militaire, de meilleures défenses civiles, le respect des lois, le renseignement et de vigoureux efforts pour tarir les sources financières du terrorisme. La guerre contre des organisations terroristes internationales est un effort d’ampleur mondiale et de durée indéterminée. L’Amérique aidera les nations qui ont besoin de notre assistance pour combattre la terreur. Et l’Amérique prendra à partie les nations qui font régner la terreur, y compris celles qui donnent asile à des terroristes, car les alliés de la terreur sont les ennemis de la civilisation. Les Etats-Unis et les pays qui coopèrent avec nous doivent interdire aux terroristes de créer de nouvelles bases de développement. Ensemble nous nous efforcerons de les empêcher d’avoir des sanctuaires où que ce soit.

Le plus grave danger pour notre Nation est l’alliance de l’extrémisme et de la technologie. Nos ennemis ont clairement déclaré qu’ils cherchent à se doter d’armes de destruction massive et il y a des preuves qu’ils y travaillent avec détermination. Les Etats-Unis ne permettront pas à ces efforts de réussir. Nous construirons des défenses contre des missiles balistiques et d’autres vecteurs. Nous coopérerons avec d’autres pays pour empêcher nos ennemis d’acquérir des technologies dangereuses. Et, parce que c’est le bon sens même et qu’il s’agit d’autodéfense, l’Amérique agira contre de telles menaces émergeantes avant même qu’elles ne soient prêtes à nous frapper. Nous ne pouvons défendre l’Amérique et nos amis en nous contentant d’espérer que tout ira bien. Nous devons donc être prêts à contrer les plans de nos ennemis, à utiliser les meilleurs renseignements dont nous disposons et à agir de manière volontariste. L’Histoire jugera sévèrement ceux qui ont vu venir ce nouveau danger sans réagir. Dans le monde qui commence, la seule voie vers la paix et la sécurité est celle de l’action.

Tout en défendant la paix, nous profiterons d’une opportunité historique de la préserver. De nos jours, la communauté internationale a la plus grande chance qui se soit présentée - depuis l’émergence des états-nations au dix-septième siècle - de construire un monde où les grandes puissances se font concurrence pacifiquement, au lieu de se préparer continuellement à la guerre. De nos jours, les grandes puissances de ce monde sont unies avec nous dans le même camp, unies par les mêmes dangers de violence terroriste et de chaos. Les Etats-Unis s’appuieront sur cette communauté d’intérêts pour promouvoir la sécurité mondiale. Nous sommes aussi unis par des valeurs communes. La Russie est dans une phase de transition porteuse d’espoirs ; elle progresse vers un avenir démocratique et c’est un partenaire dans la guerre contre le terrorisme. Les dirigeants de la Chine sont en train de découvrir que la liberté économique est la seule source de richesse nationale. Avec le temps, ils s’apercevront que la liberté sociale et politique est la seule source de grandeur d’une nation. L’Amérique encouragera le progrès de la démocratie et l’ouverture économique de ces deux pays, car ce sont là les meilleures fondations pour leur stabilité et l’ordre international. Nous résisterons avec force à d’éventuelles agressions venant d’autres grandes puissances, tout en saluant leur marche en paix vers la prospérité, le commerce et le progrès culturel.

Enfin, les Etats-Unis profiteront de cette époque d’opportunités pour faire progresser la liberté à travers le monde. Nous travaillerons activement à apporter les espoirs de la démocratie, du développement, des marchés ouverts et du commerce libre partout dans le monde. Les événements du 11 septembre 2001 nous ont enseigné que des états faibles, comme l’Afghanistan, peuvent constituer pour notre intérêt national un danger aussi fort que s’il provenait d’états puissants. La pauvreté ne transforme pas des gens pauvres en terroristes et en meurtriers. Mais la pauvreté, la faiblesse des institutions et la corruption peuvent rendre des états faibles vulnérables aux agissements des réseaux terroristes et aux cartels de la drogue, à l’intérieur de leurs frontières.

Les Etats-Unis seront aux côtés de tout pays déterminé à construire un avenir meilleur grâce aux avantages que la liberté apporte à son peuple. La liberté du commerce et l’ouverture des marchés ont prouvé leur aptitude à tirer des sociétés entières hors de la pauvreté ; les Etats-Unis travailleront donc avec des pays indépendants, des régions entières et l’ensemble de la communauté commerciale mondiale à construire un monde qui commerce librement et progresse de ce fait vers la prospérité. Les Etats-Unis accroîtront leur assistance au développement, dans le cadre du programme New Millenium Challenge Account, aux pays de bonne gouvernance, qui investissent dans leurs citoyens et encouragent la liberté économique. Nous continuerons aussi à être à l’avant-garde des pays qui luttent contre le fléau du sida et les autres maladies infectieuses.

Dans leur effort d’arriver à un équilibre des pouvoirs qui favorise la liberté, les Etats-Unis sont guidés par la conviction que toutes les nations ont d’éminentes responsabilités. Les nations qui ont la chance d’avoir cette liberté doivent combattre activement le terrorisme. Les nations qui ont besoin de la stabilité internationale doivent aider à empêcher la prolifération des armes de destruction massive. Les nations qui sollicitent l’aide internationale doivent se gouverner de manière sage, pour que l’aide qu’elles reçoivent soit dépensée à bon escient. Pour que la liberté prospère, il faut demander et rendre des comptes.

Nous sommes aussi guidés par la conviction que nul pays ne peut construire un monde meilleur et plus sûr tout seul. Les alliances et les institutions multilatérales peuvent renforcer les nations qui chérissent la paix. Les Etats-Unis sont engagés à supporter des institutions durables comme les Nations unies, l’Organisation Mondiale du Commerce, l’Organisation des Etats Américains et l’OTAN, ainsi que d’autres alliances conclues depuis longtemps. De nouvelles coalitions, regroupant des pays de bonne volonté, peuvent renforcer les institutions permanentes précédentes. Dans tous les cas, les engagements internationaux doivent être respectés. Ils ne doivent pas être pris de manière symbolique, pour faire semblant de supporter un idéal sans lui donner un contenu concret.

La liberté est l’exigence non négociable de la dignité humaine, un droit que chaque personne acquiert à sa naissance, dans toutes les civilisations. Dans toute l’Histoire, la liberté a été menacée par la guerre et la terreur ; elle a été défiée par les volontés conflictuelles d’états puissants et les desseins malfaisants de tyrans ; et elle a été mise à mal par l’étendue de la pauvreté et de la maladie. De nos jours, l’Humanité tient entre ses mains l’opportunité d’assurer le triomphe de la liberté sur tous ces ennemis. Nous Américains sommes ravis de la responsabilité que nous confère notre rôle de leader de cette grande mission.

George W. Bush

La Maison Blanche, 17 septembre 2002.

Table des matières

1 Présentation de la stratégie internationale de l’Amérique.

2 Nous faire les champions de la dignité humaine.

3 Renforcer les alliances pour vaincre le terrorisme international et travailler à empêcher les attaques contre nous-mêmes et nos amis.

4 Travailler avec d’autres pays à désamorcer les conflits régionaux

5 Empêcher nos ennemis de nous menacer, ainsi que nos alliés et nos amis, avec des armes de destruction massive.

6 Entrer dans une nouvelle ère de croissance économique mondiale grâce à l’ouverture des marchés et la liberté du commerce.

7 Répandre le développement en ouvrant les sociétés humaines et en construisant l’infrastructure de la démocratie.

8 Planifier l’action en commun avec les autres principales puissances mondiales.

9 Transformer les services nationaux de sécurité de l’Amérique en fonction des défis et opportunités du vingt-et-unième siècle.

1 Présentation de la stratégie internationale de l’Amérique

"Les principes de notre Nation ont toujours dépassé ceux de notre défense. Nous combattrons, comme nous l’avons toujours fait, pour une paix juste, une paix qui soutient la liberté. Nous défendrons la paix contre les menaces des terroristes et des tyrans. Nous ferons durer la paix en oeuvrant pour des sociétés libres et ouvertes sur tous les continents."

Le président Bush, West Point, New York, le 1er juin 2002

Les Etats-Unis jouissent dans le monde d’une puissance et d’une influence incomparables. Soutenue par la foi dans les principes de liberté et la valeur d’une société libre, cette position entraîne des responsabilités et des obligations sans pareilles, ainsi que des opportunités uniques. La puissance considérable de cette nation doit être utilisée pour promouvoir un équilibre de puissance qui favorise la liberté.

Pendant la majeure partie du vingtième siècle, le monde fut le siège d’un grand combat d’idées : des visions totalitaires destructrices s’opposaient à la liberté et l’égalité.

Ce grand combat est terminé. Les visions militantes de classe, de nation et de race qui promettaient des utopies et apportaient la misère ont été vaincues et discréditées. De nos jours, l’Amérique est moins menacée par des états conquérants que par des états en situation d’échec. Nous sommes moins menacés par des flottes et des armées que par des technologies génératrices de catastrophes aux mains d’une poignée de gens amers. Il nous faut vaincre ces menaces contre notre Nation, nos alliés et nos amis.

Pour l’Amérique, notre temps est aussi une époque d’opportunités. Nous travaillerons à traduire notre influence actuelle en des décades de paix, de prospérité et de liberté. La stratégie nationale de sécurité des USA sera basée sur une approche très américaine de l’action internationale, synthèse de nos valeurs et des intérêts de notre pays. Le but de cette stratégie est d’aider à rendre le monde meilleur, et pas seulement plus sûr. Nos buts sur le chemin du progrès sont clairs : liberté politique et économique, relations pacifiques avec les autres états et respect pour la dignité humaine.

Et cette approche n’est pas réservée à l’Amérique. Elle est ouverte à tous les pays.

Pour atteindre ces objectifs, les Etats-Unis vont :

§ Se faire les champions des aspirations à la dignité humaine.

§ Renforcer les alliances pour vaincre le terrorisme international et travailler à empêcher les attaques contre nous-mêmes et nos amis.

§ Coopérer avec d’autres pays pour désamorcer des conflits régionaux.

§ Empêcher nos ennemis de nous menacer - ou de menacer nos alliés et nos amis - avec des armes de destruction massive.

§ Faire entrer le monde dans une ère nouvelle de croissance économique grâce à l’ouverture des marchés et au libre commerce.

§ Etendre les zones en développement en ouvrant leurs sociétés et en construisant l’infrastructure de la démocratie.

§ Développer des agendas de coopération avec d’autres centres de puissance internationale.

§ Transformer les infrastructures de sécurité de l’Amérique en les adaptant aux défis et aux opportunités du vingt-et-unième siècle.

2 Nous faire les champions de la dignité humaine

"Certains regrettent qu’il soit parfois peu diplomatique ou impoli de dire ce qui est bien et ce qui est mal. Je ne suis pas d’accord. Des circonstances différentes exigent des méthodes différentes, mais pas des principes moraux différents."

Le président Bush, West Point, New York, le 1er juin 2002

Dans la poursuite de nos objectifs, notre premier impératif est de clarifier ce que nous défendons : les Etats-Unis doivent défendre la liberté et la justice, parce que ces principes sont justes et vrais pour toute personne, partout. Ces aspirations ne sont pas le propre d’une nation particulière et aucune nation n’en est exemptée. Dans toutes les sociétés, les pères et les mères veulent que leurs enfants accèdent à l’instruction et vivent à l’abri de la pauvreté et de la violence. Sur la terre, aucun peuple n’aspire à l’oppression ou à la servitude, aucun citoyen n’attend avec espoir que la police secrète frappe à sa porte à minuit.

L’Amérique doit soutenir fermement les exigences non négociables de la dignité humaine : le respect de la loi, la limitation du pouvoir absolu de l’Etat, la liberté d’expression, la liberté de culte, l’égalité devant la justice, le respect des femmes, la tolérance religieuse et ethnique et le respect de la propriété privée.

Il y a de nombreuses façons de satisfaire ces exigences. A cet égard, la constitution de l’Amérique s’est avérée précieuse. De nombreuses autres nations, avec des histoires et des cultures différentes, confrontées à des circonstances différentes, ont incorporé avec succès ces principes fondamentaux dans leur propre système de gouvernance. L’Histoire n’a pas été tendre avec les nations qui ont ignoré ou négligé les droits et aspirations de leurs citoyens.

L’expérience de l’Amérique, grande démocratie multiethnique, confirme notre conviction que des gens d’origines et de confessions très différentes peuvent vivre et prospérer en paix. Notre propre histoire est une longue lutte pour réaliser nos idéaux. Mais, même dans nos pires épreuves, les principes de notre Déclaration d’indépendance nous ont guidés. De ce fait, l’Amérique n’est pas seulement une société plus forte, c’est aussi une société plus libre et plus juste.

Aujourd’hui, ces idéaux servent de repères à ceux qui défendent seuls la liberté contre ses adversaires. Et, lorsque l’occasion se présente, nous pouvons aider l’évolution - comme nous l’avons fait en Europe centrale et orientale entre 1989 et 1991 ou à Belgrade en l’an 2000. Lorsque nous voyons des processus démocratiques s’imposer, comme chez nos amis de Taiwan ou de la République de Corée, lorsque nous voyons des dirigeants élus remplacer des généraux en Amérique latine ou en Afrique, nous voyons des exemples de l’évolution possible des régimes autoritaires par synthèse de l’histoire locale et des principes que nous respectons tous.

Profitant des leçons de notre passé et des opportunités d’aujourd’hui, la stratégie nationale de sécurité des Etats-Unis doit partir de ces principes fondamentaux et chercher à les faire adopter là où c’est nécessaire pour faire progresser la liberté.

Nos principes guideront les décisions de notre gouvernement en matière de coopération internationale, d’aide étrangère et d’allocation de ressources. Ils guideront nos actions et nos discours dans le cadre des organismes internationaux.

Nous allons :

§ Pour faire avancer la liberté, parler à voix haute et honnêtement des violations des exigences non négociables de la dignité humaine, en utilisant notre temps de parole et notre droit de vote dans les organismes internationaux.

§ Utiliser notre aide étrangère pour promouvoir la liberté et soutenir ceux qui luttent de manière non violente pour elle, en faisant en sorte que les pays qui vont vers la démocratie soient récompensés pour leurs efforts.

§ Faire de la liberté et de la mise en place d’institutions démocratiques des thèmes clés dans nos relations bilatérales, en recherchant la solidarité et la coopération avec les autres démocraties, tout en faisant pression sur les gouvernements qui ne respectent pas les droits de l’homme pour qu’ils évoluent vers un avenir meilleur.

§ Faire des efforts particuliers de promotion de la liberté religieuse et de la liberté de conscience, et défendre ces libertés des restrictions imposées par les gouvernements répressifs.

Nous nous ferons les champions de la dignité humaine et nous opposerons à ceux qui la rejettent.

3 Renforcer les alliances pour vaincre le terrorisme international et travailler à empêcher les attaques contre nous-mêmes et nos amis

"Trois jours seulement après ces événements, les Américains n’ont pas encore le recul nécessaire. Mais notre responsabilité envers l’Histoire est déjà claire : il faut répondre à ces attaques et débarrasser le monde du mal. On nous a fait la guerre de manière furtive, fourbe et meurtrière. Notre peuple est épris de paix, mais la colère le rend féroce. Le conflit a commencé au moment et d’une manière choisis par d’autres. Il se terminera de la manière et au moment que nous aurons choisis."

Le président Bush

Washington, D. C. (National Cathedral), le 14 septembre 2001

Les Etats-Unis d’Amérique sont en guerre contre une organisation terroriste à l’échelle mondiale. L’ennemi n’est pas identifiable en tant que régime politique, personne, religion ou idéologie. L’ennemi est le terrorisme - une violence à motivation politique préméditée, perpétrée contre des innocents.

Dans de nombreuses contrées, des griefs légitimes empêchent l’émergence d’une paix durable. De tels griefs méritent attention dans le cadre d’un processus politique. Mais aucune cause ne justifie le terrorisme. Les Etats-Unis ne feront aucune concession aux exigences de terroristes et ne concluront aucun accord avec eux. Nous ne faisons aucune distinction entre des terroristes et des gens qui leur donnent asile ou les aident en toute connaissance de cause.

La lutte contre le terrorisme international ne ressemble à aucune des guerres de notre histoire. Il faudra la faire sur de nombreux fronts à la fois, contre un ennemi particulièrement bien camouflé, et pendant très longtemps. Le progrès viendra d’une accumulation persévérante de succès, certains visibles et d’autres invisibles.

Aujourd’hui, nos ennemis ont vu ce que des pays civilisés sont capables de faire et qu’ils font, contre les régimes qui hébergent, soutiennent et utilisent le terrorisme à des fins politiques. L’Afghanistan a été libéré ; les forces de la coalition continuent à pourchasser les Talibans et al Qaida. Mais ce n’est pas là le seul champ de bataille sur lequel nous attaquerons les terroristes. Il reste des milliers de terroristes bien entraînés, dans des cellules en Amérique du Nord et du Sud, en Europe, en Afrique, au Moyen-Orient et en Asie.

Notre priorité sera d’abord de déstabiliser et de détruire les organisations terroristes internationales et d’attaquer leurs chefs, leurs systèmes de commandement, de contrôle et de communications, leur infrastructure de support et leurs circuits de financement. Cela diminuera l’aptitude de ces terroristes à planifier et à mener à bien leurs actions.

Nous continuerons à encourager nos partenaires régionaux à faire des efforts coordonnés pour isoler les terroristes. Lorsqu’une telle campagne régionale aura identifié une menace dans un pays particulier, nous aiderons ce pays à avoir les moyens militaires, policiers, politiques et financiers nécessaires pour terminer la tâche.

Les Etats-Unis continueront à travailler avec nos alliés à couper les circuits de financement du terrorisme. Nous identifierons et bloquerons ses sources de financement ; nous gèlerons leurs comptes et les comptes de ceux qui les soutiennent ; nous empêcherons les terroristes d’accéder au système financier international ; nous empêcherons les œuvres de bienfaisance honnêtes d’être abusées par les terroristes et nous empêcherons les transferts de fonds des terroristes à travers des réseaux financiers alternatifs.

Les actions de cette campagne n’ont nullement besoin, pour être efficaces, de se dérouler dans un ordre bien défini. C’est l’effet cumulé de nos actions dans toutes les parties du monde qui contribuera au résultat voulu.

Voici comment nous allons déstabiliser et détruire les organisations terroristes :

§ Nous agirons directement et sans aucune interruption, avec tous les moyens de notre propre puissance et celle des autres pays. Nous commencerons par nous occuper des organisations terroristes internationales, ainsi que des états terroristes ou soutiens du terrorisme qui tentent de se doter d’armes de destruction massive ou de moyens de les construire.

§ Nous défendrons les Etats-Unis, le peuple américain et nos intérêts, chez nous et à l’étranger, en identifiant et en détruisant les menaces avant qu’elles n’atteignent nos frontières. Nous nous efforcerons constamment d’obtenir le soutien de la communauté internationale, mais nous n’hésiterons pas à agir seuls, si nécessaire, au nom de notre droit de nous défendre ; nous frapperons ces terroristes de manière préventive, pour les empêcher de faire du mal à notre peuple et notre pays.

§ Nous empêcherons d’autres pays de continuer à soutenir ou héberger des terroristes, en les persuadant ou en les contraignant à accepter leurs responsabilités nationales.

Pour gagner la bataille contre le terrorisme international, nous mènerons aussi la guerre sur le plan des idées. Pour ce faire :

§ Nous utiliserons toute l’influence des Etats-Unis et la coopération avec nos amis, pour faire comprendre que tous les actes de terrorisme sont illégitimes, pour que le terrorisme soit perçu de la même manière que l’esclavage, la piraterie ou le génocide, comme un comportement qu’aucun gouvernement respectable ne peut excuser ou soutenir, et auquel tous doivent s’opposer.

§ Nous soutiendrons la gouvernance modérée et moderne, particulièrement dans le monde musulman, pour que les idéologies qui encouragent le terrorisme ne trouvent de terrain fertile dans aucun pays.

§ Nous ferons régresser les contextes nationaux qui donnent naissance au terrorisme, en obtenant de la communauté internationale qu’elle concentre ses efforts et ses ressources dans les pays où le risque est le plus élevé.

§ Nous utiliserons les moyens diplomatiques les plus efficaces pour promouvoir la libre circulation des informations et des idées, afin de susciter les espoirs et l’aspiration à la liberté des citoyens des sociétés dirigées par les soutiens du terrorisme international.

Tout en reconnaissant que notre meilleure défense est l’offensive, nous renforçons aussi la sécurité intérieure de notre pays, pour nous protéger des attaques et les dissuader.

Notre administration a proposé la plus importante réorganisation gouvernementale depuis que l’administration Truman a créé le Conseil national de sécurité (National Security Council) et le Ministère de la défense (Department of Defense). Notre plan détaillé et complet de sécurité intérieure, basé sur un nouveau Ministère de la sécurité intérieure (Department of Homeland Security), comprend un commandement militaire unifié et une réorganisation en profondeur du FBI ; il concerne tous les rouages de l’Etat et la coopération entre les secteurs public et privé.

Cette stratégie transformera les difficultés en opportunités. C’est ainsi, par exemple, que de meilleures procédures de gestion des circonstances critiques pourront s’appliquer à tous les types de crise, en plus des actes terroristes. Notre système de soins sera renforcé pour pouvoir gérer toutes les épidémies et les catastrophes à victimes nombreuses, en plus du terrorisme bactériologique. Nos contrôles aux frontières amélioreront l’efficacité des transports légitimes, en plus du blocage des terroristes.

Bien que notre priorité soit la défense de l’Amérique, nous savons que pour vaincre le terrorisme dans le monde ouvert d’aujourd’hui nous avons besoin du soutien de nos alliés et de nos amis. Partout où c’est possible, les Etats-Unis compteront sur des organisations régionales et le pouvoir des pays pour faire face aux obligations de la lutte antiterroriste. Là où un gouvernement trouvera cette lutte au-dessus de ses forces, nous compléterons sa bonne volonté et ses ressources avec toute l’aide que nous et nos alliés pourront lui apporter.

Tout en faisant la chasse aux terroristes en Afghanistan, nous continuerons à travailler avec les organisations internationales comme les Nations unies, ainsi qu’avec des organisations non-gouvernementales et d’autres pays, pour fournir l’aide humanitaire, politique, économique et de sécurité nécessaire à la reconstruction de l’Afghanistan, pour que jamais plus ce pays n’opprime son peuple, ne menace ses voisins et n’abrite des terroristes.

Dans la guerre contre le terrorisme international, nous n’oublierons jamais que nous luttons en fait pour nos valeurs démocratiques et notre mode de vie. La liberté et la crainte sont en guerre, et ce conflit ne s’arrêtera ni rapidement ni facilement. A la pointe de la campagne contre le terrorisme, nous construisons des relations internationales nouvelles et efficaces et nous redéfinissons les relations existantes pour les adapter aux défis du vingt-et-unième siècle.

4 Travailler avec d’autres pays à désamorcer les conflits régionaux

"Ou nous construirons un monde de justice ou bien nous vivrons dans un monde de privation de liberté. L’ampleur des responsabilités que nous partageons rend nos désaccords bien petits en comparaison."

Le président Bush

Berlin, Allemagne, le 23 mai 2002

Les gouvernements responsables doivent s’impliquer de manière active dans les conflits régionaux, pour empêcher qu’ils ne dégénèrent de manière explosive, et réduire le plus possible la souffrance humaine. Dans un monde de plus en plus interdépendant, une crise régionale peut mettre à l’épreuve nos alliances, rallumer des rivalités entre les grandes puissances et engendrer des affronts horribles à la dignité humaine. Lorsque la violence éclatera et que les états chancelleront, les Etats-Unis travailleront avec leurs amis et partenaires à soulager les souffrances et restaurer la stabilité.

Aucune doctrine ne peut prévoir toutes les circonstances dans lesquelles l’action américaine, directe ou indirecte, est justifiée. Les ressources politiques, économiques et militaires dont nous disposons pour faire face à nos priorités planétaires sont limitées. Les Etats-Unis agiront, dans chaque cas, selon les principes stratégiques suivants :

§ Les Etats-Unis devront investir du temps et des ressources dans la construction de relations et d’institutions internationales qui peuvent contribuer à gérer les crises locales, lorsque celles-ci surviennent.

§ Les Etats-Unis devront être réalistes quant à leur aptitude à aider les pays qui ne veulent pas - ou ne peuvent pas - s’aider eux-mêmes. Là où les gens seront prêts à faire leur part des efforts nécessaires, et au moment où ils seront prêts, nous aussi serons prêts à agir de manière décisive.

Le conflit israélo-palestinien est d’importance critique, du fait de l’ampleur des souffrances humaines qu’il engendre, du fait des relations étroites de l’Amérique avec l’état d’Israël et les principaux états arabes, et du fait de l’importance de cette région vis-à-vis d’autres priorités internationales des Etats-Unis. Pour qu’une des deux parties ait la paix, toutes deux doivent avoir la liberté. Les Etats-Unis sont fermement partisans d’une Palestine indépendante et démocratique, vivant en paix et en sécurité à côté d’Israël. Comme tous les autres peuples, les Palestiniens méritent un gouvernement qui sert leurs intérêts et les écoute. Les Etats-Unis continueront à encourager toutes les parties de ce conflit à prendre leurs responsabilités dans la recherche d’un accord juste et complet pour y mettre un terme.

Les Etats-Unis, la communauté internationale des donateurs et la Banque Mondiale sont prêts à travailler, avec un gouvernement palestinien reconstruit, au développement économique, à une aide humanitaire accrue et à un programme de mise en place, de financement et de suivi d’une organisation judiciaire véritablement indépendante. Si les Palestiniens adoptent la démocratie et le respect des lois, rejettent fermement la corruption et le terrorisme, ils peuvent compter sur le soutien américain pour créer un état palestinien.

Israël aussi a un grand intérêt au succès d’une Palestine démocratique. L’occupation permanente [des territoires] menace son identité et sa démocratie. Les Etats-Unis continuent donc à inciter ses responsables à prendre des mesures concrètes pour aider à l’émergence d’un état palestinien viable et crédible. Au fur et à mesure que la sécurité progressera, les forces israéliennes doivent se retirer complètement, revenant aux positions qu’elles avaient avant le 28 septembre 2000. Conformément aux recommandations du comité Mitchell, les activités de colonisation israéliennes dans les territoires occupés doivent cesser. Lorsque la violence aura diminué, la liberté de mouvement devra être rétablie, pour permettre aux Palestiniens innocents de reprendre le travail et une vie normale. Les Etats-Unis peuvent jouer un rôle de premier plan, mais en dernière analyse une paix durable ne pourra s’établir que lorsque les Israéliens et les Palestiniens résoudront leurs désaccords et mettront un terme à leur conflit.

En Asie du Sud, les Etats-Unis ont souligné la nécessité pour l’Inde et le Pakistan de régler leurs différents. Notre gouvernement actuel a investi du temps et des ressources pour construire des relations bilatérales approfondies avec l’Inde et le Pakistan. Ces excellentes relations nous ont permis de jouer un rôle constructif lorsque les tensions dans la région se sont aggravées. En ce qui concerne le Pakistan, nos relations bilatérales ont été renforcées par le choix du Pakistan de se joindre à la guerre contre le terrorisme et d’évoluer vers la construction d’une société plus ouverte et tolérante. Notre gouvernement croit à la possibilité pour l’Inde de devenir une des grandes puissances démocratiques du vingt-et-unième siècle ; nous nous sommes efforcés d’en tenir compte en transformant nos relations avec ce pays. Notre action dans ce conflit régional, à partir de notre effort d’approfondissement des relations bilatérales, a pour but d’obtenir que l’Inde et le Pakistan prennent des mesures concrètes pour désamorcer l’affrontement armé.

L’Indonésie a pris des mesures courageuses pour créer une démocratie qui fonctionne et respecte les lois. En se montrant tolérante avec les minorités ethniques, en respectant la légalité et en acceptant l’ouverture des marchés, l’Indonésie peut saisir les opportunités qui ont permis à certains de ses voisins de sortir de la pauvreté et du désespoir. Ce sont les initiatives indonésiennes qui permettront à l’aide américaine d’être efficace.

Dans l’hémisphère occidental, nous avons conclu des accords souples avec des pays qui partagent nos priorités, en particulier le Mexique, le Brésil, le Canada, le Chili et la Colombie. Ensemble nous créerons un hémisphère véritablement démocratique, où notre intégration fera avancer la sécurité, la prospérité, les opportunités et l’espoir. Nous travaillerons avec les institutions régionales comme le Summit of the Americas, l’Organisation des états américains et le Defense Ministerial of the Americas au profit de l’hémisphère tout entier.

Certaines parties de l’Amérique latine sont en proie à un conflit régional, provenant notamment de la violence des cartels de la drogue et de leurs complices. Ce conflit et son trafic effréné de narcotiques peuvent mettre en péril la santé et la sécurité des Etats-Unis. Nous avons donc mis au point une stratégie active pour aider les états andins à moderniser leurs économies, faire respecter leurs lois, vaincre les organisations terroristes et interrompre la fourniture de drogue ; en même temps, nous travaillons - et c’est tout aussi important - à réduire la demande de drogue dans notre propre pays.

En Colombie, nous connaissons le lien entre les groupes terroristes et extrémistes qui défient la sécurité du pays, et le trafic de drogue qui contribue à financer les activités de groupes de cette espèce. Nous travaillons à aider la Colombie à défendre ses institutions démocratiques et à vaincre les groupes armés hors la loi, de gauche comme de droite, en étendant les zones où le gouvernement est respecté à l’ensemble du territoire national et en offrant un minimum de sécurité au peuple colombien.

En Afrique, les espoirs et les opportunités côtoient la maladie, la guerre et une pauvreté désespérée. Cette situation menace à la fois une des valeurs fondamentales des Etats-Unis, la protection de la dignité humaine, et notre priorité stratégique, le combat contre le terrorisme international. De ce fait, les intérêts et les principes américains conduisent à une même action : nous travaillerons avec d’autres au service d’un continent africain qui vit librement, en paix et dans une prospérité croissante. Ensemble avec nos alliés européens nous devons aider à renforcer les états fragiles d’Afrique, aider ses habitants à sécuriser eux-mêmes leurs frontières aujourd’hui trop perméables, et aider à développer les infrastructures de respect des lois et de renseignement qui empêchent les terroristes d’y trouver asile.

L’Afrique souffre aussi de circonstances encore plus meurtrières, qui font dégénérer des guerres civiles locales au-delà des frontières, créant ainsi des zones de guerre régionales. Pour faire face à ces menaces transnationales, il est important de former des coalitions de gens de bonne volonté et de conclure des accords de sécurité.

Le gigantisme et la diversité de l’Afrique impliquent une stratégie de sécurité à base d’engagements bilatéraux et de coalitions de gens de bonne volonté. Notre gouvernement mettra en œuvre dans cette région trois stratégies interdépendantes :

§ Les pays qui ont une importance majeure dans leur voisinage, comme l’Afrique du sud, le Nigeria, le Kenya et l’Ethiopie, serviront de bases pour les actions régionales et nécessiteront une attention soutenue.

§ La coordination avec les alliés européens et les institutions internationales est essentielle pour une médiation constructive dans les conflits et le succès des opérations de maintien de la paix.

§ Il faut renforcer les pays et les organisations régionales estimables d’Afrique, qui sont au premier rang des actions durables contre les menaces terroristes internationales.

En dernière analyse, la liberté politique et économique est la voie la plus sûre vers le progrès en l’Afrique sub-saharienne, où la plupart des guerres concernent des ressources matérielles ou sont le résultat tragique de différences ethniques ou religieuses. L’évolution vers l’Unité africaine, avec son objectif affirmé de bonne gouvernance et une responsabilité commune pour mettre en place des systèmes politiques démocratiques, offre des opportunités pour renforcer la démocratie sur ce continent.

5 Empêcher nos ennemis de nous menacer, ainsi que nos alliés et nos amis, avec des armes de destruction massive

"Le danger le plus grave pour la liberté est l’alliance de l’extrémisme et de la technologie. Si les armes chimiques, biologiques et nucléaires se répandaient en même temps que la technologie des missiles balistiques, même de petits groupes pourraient disposer d’une puissance leur permettant de frapper les grands pays de manière catastrophique. Nos ennemis ont déclaré leur intention de se doter de ces armes terribles et ont été surpris en train de chercher à s’en procurer. Ils veulent pouvoir nous faire chanter, nous faire du mal ou en faire à nos amis - et nous lutterons contre eux de toutes nos forces."

Le président Bush

West Point, New York, le 1er juin 2002

Par sa nature même, la guerre froide exigeait que les Etats-Unis, ses alliés et ses amis, essaient en premier lieu de dissuader un ennemi d’utiliser la force, au moyen de la sinistre stratégie de la destruction mutuelle assurée. Avec l’effondrement de l’Union soviétique et la fin de la guerre froide, le contexte de notre sécurité s’est profondément transformé.

Notre relation avec la Russie étant passée de la confrontation à la coopération, les dividendes en sont évidents : la fin de l’équilibre de la terreur qui nous divisait, une réduction d’ampleur historique de nos arsenaux nucléaires, ainsi qu’une coopération dans des domaines tels que le contre-terrorisme et la défense antimissiles, coopération qui était inconcevable il y a peu d’années.

De nos jours, des états voyous et des terroristes nous lancent un défi mortel. Aucune de leurs menaces actuelles n’est comparable à la puissance de destruction mise en batterie contre nous par l’Union soviétique. Malgré cela, le contexte de sécurité d’aujourd’hui est plus complexe et plus dangereux, du fait de la nature et des motivations de ces nouveaux adversaires, de leur détermination à se doter d’une puissance destructrice dont seuls les états les plus puissants disposaient jusqu’ici, et de la probabilité plus grande qu’ils utilisent contre nous des armes de destruction massive.

Dans les années 90 nous avons assisté à l’émergence d’un petit nombre d’états voyous qui, bien que différents selon certains critères importants, partagent plusieurs caractéristiques. Ces états :

§ Brutalisent leurs propres citoyens et gaspillent leurs ressources nationales au profit de leurs dirigeants.

§ Méprisent la loi internationale, menacent leurs voisins et violent sans vergogne les traités internationaux qu’ils ont signés.

§ Sont déterminés à acquérir des armes de destruction massive, ainsi que d’autres technologies militaires avancées, pour des menaces ou des attaques au service des desseins agressifs de leurs régimes.

§ Soutiennent le terrorisme sur toute la planète.

§ Rejettent les valeurs fondamentales de l’Humanité et haïssent les Etats-Unis et toutes les causes qu’ils défendent.

Lors de la Guerre du Golfe, nous avons acquis la preuve irréfutable que les desseins de l’Iraq ne se limitaient pas aux armes chimiques utilisées contre son propre peuple et contre l’Iran, mais allaient jusqu’à l’acquisition d’armes nucléaires et d’agents biologiques. Dans les dix dernières années, la Corée du Nord est devenue le principal fournisseur mondial de missiles balistiques et a testé des missiles de plus en plus puissants, tout en développant son propre arsenal d’armes de destruction massive. D’autres états voyous cherchent également à se doter d’armes nucléaires, biologiques et chimiques. Les efforts de ces états pour se doter de telles armes et pour en vendre dans tous les pays sont devenus une épée de Damoclès pour toutes les nations.

Nous devons être prêts à mettre un terme aux efforts des états voyous et de leurs clients terroristes, avant qu’ils puissent menacer les Etats-Unis, leurs alliés et amis ou utiliser des armes de destruction massive contre eux. Notre réaction doit profiter pleinement d’alliances renforcées, de relations de partenariat nouvelles avec d’anciens adversaires, d’utilisations innovantes des forces armées, des technologies modernes, ainsi que du développement d’un système de défense anti-missiles efficace et d’un effort en matière de collecte et d’analyse des renseignements.

Notre stratégie tous azimuts de lutte contre les armes de destruction massive comprend :

§ Des efforts actifs pour limiter la prolifération. Nous devons dissuader les menaces et nous défendre contre elles avant leur déploiement. Nous devons nous assurer que les possibilités les plus importantes en matière de détection, de défense active et passive, ainsi que de défense contre les attaques des bases aériennes et de lancement d’engins, sont prises en compte dans la transformation de notre défense et dans les systèmes de sécurité de notre patrie. Il faut aussi intégrer cette contre-prolifération dans la théorie militaire, la formation et l’équipement de nos armées et de celles de nos alliés, pour être certains de l’emporter dans n’importe quel conflit contre des adversaires munis d’armes de destruction massive.

§ Renforcer les efforts de non-prolifération, pour empêcher les états voyous et les terroristes d’acquérir les matières premières, les technologies et la compétence nécessaires aux armes de destruction massive. Nous renforcerons la diplomatie, le contrôle des armes, les contrôles multilatéraux des exportations et l’aide à la réduction des menaces pour contrecarrer les efforts des états et des terroristes à la recherche d’armes de destruction massive. Lorsque c’est nécessaire, nous bannirons l’exportation des technologies et des matières premières correspondantes. Nous continuerons à construire des coalitions pour soutenir ces efforts et à encourager un soutien politique et financier accru aux programmes de non-prolifération et de réduction des menaces. L’accord récent des pays du G8 pour débloquer jusqu’à 20 milliards de dollars dans le cadre d’un partenariat mondial contre la prolifération constitue un progrès significatif.

§ Une gestion efficace des conséquences de l’utilisation d’armes de destruction massive, qu’elle soit le fait de terroristes ou d’états hostiles. En réduisant les effets de l’utilisation d’armes de destruction massive contre notre peuple, nous contribuerons à dissuader ceux qui ont de telles armes de s’en servir, et à dissuader ceux qui cherchent à en acquérir de le faire. Nos ennemis seront ainsi persuadés qu’ils ne peuvent arriver à leurs fins. Les Etats-Unis doivent aussi être préparés à réagir aux effets de l’utilisation des armes de destruction massive contre nos forces basées à l’étranger et à aider des amis et des alliés s’ils sont attaqués.

Il nous a fallu près de dix ans pour comprendre la vraie nature de cette nouvelle menace. Connaissant les objectifs des états voyous et des terroristes, les Etats-Unis ne peuvent plus se contenter de l’attitude d’attente d’une attaque qui a été la nôtre dans le passé. L’incapacité de dissuader un attaquant potentiel, le caractère immédiat des menaces d’aujourd’hui et l’énormité des conséquences dommageables du choix d’armes de nos ennemis ne nous le permettent plus. Nous ne pouvons pas laisser nos ennemis frapper les premiers.

§ Pendant la guerre froide et particulièrement après la crise des missiles de Cuba, notre adversaire était partisan du statu quo et redoutait les risques. La dissuasion était une défense efficace. Mais la dissuasion basée sur la seule menace d’une frappe en retour a moins de chance de marcher contre des dirigeants d’états voyous prêts à prendre des risques, jouant avec la vie de leurs citoyens et la richesse de leur pays.

§ Pendant la guerre froide, les armes de destruction massive étaient considérées comme à utiliser en dernier ressort, parce qu’elles pouvaient entraîner la destruction de ceux qui s’en servaient. De nos jours, nos ennemis les considèrent comme des armes de première frappe. Pour les états voyous, ce sont des armes d’intimidation et d’agression militaire contre leurs voisins. Ce genre d’armes peut aussi permettre à ces pays d’essayer de faire du chantage aux Etats-Unis et à nos alliés, pour nous empêcher de dissuader ou de repousser une agression. De telles armes, enfin, sont considérées par ces états comme le meilleur moyen de triompher de la supériorité des Etats-Unis en matière d’armes conventionnelles.

§ Les arguments traditionnels de la dissuasion sont sans valeur contre un ennemi terroriste, dont la tactique avouée est la destruction pour la destruction et la cible est constituée par des innocents, dont les soi-disant soldats cherchent à mourir en martyr et dont la protection la plus efficace est l’absence de patrie. Les états qui soutiennent le terrorisme étant aussi ceux qui cherchent à se doter d’armes de destruction massive, nous sommes obligés d’agir.

Depuis des siècles, les lois internationales ont admis qu’un pays n’a pas besoin d’être attaqué pour se défendre en toute légalité contre des forces qui présentent un danger d’attaque imminente. Les spécialistes du droit et les juristes internationaux ont souvent posé, comme condition de la légitimité d’une attaque préventive, l’existence d’une menace immédiate ; il s’agissait le plus souvent d’une mobilisation visible d’armées, de navires et de forces aériennes se préparant à attaquer.

Nous devons adapter la notion de menace immédiate aux possibilités et aux objectifs des adversaires d’aujourd’hui. Les états voyous et les terroristes ne cherchent pas à nous attaquer avec des moyens conventionnels. Ils savent qu’une telle attaque échouerait. Ils préfèrent compter sur des actes terroristes et, si possible, l’utilisation d’armes de destruction massive, des armes qui peuvent facilement être dissimulées, transportées en cachette et utilisées sans avertissement.

Les cibles de telles attaques sont nos forces armées et notre population civile, en violation flagrante d’une des lois principales de la guerre. Comme l’ont prouvé les pertes du 11 septembre 2001, l’objectif des terroristes est de tuer des civils en masse. De telles pertes seraient infiniment plus élevées si ces terroristes disposaient et utilisaient des armes de destruction massive.

Les Etats-Unis se sont depuis longtemps réservé la possibilité d’actions préventives pour contrer une menace suffisamment grande à notre sécurité nationale. Plus la menace est grande, plus le risque pris en n’agissant pas est important, et plus les raisons d’agir préventivement pour nous défendre sont fortes. Et ceci reste vrai même lorsque l’heure et le lieu de l’attaque de l’ennemi sont inconnus. Pour prévenir de tels actes hostiles de nos adversaires, les Etats-Unis agiront préventivement si nécessaire.

Les Etats-Unis n’utiliseront pas systématiquement la force d’une manière préventive contre des menaces naissantes, et aucun pays ne devrait utiliser la possibilité d’une action préventive comme prétexte d’agression. Toutefois, à une époque où les ennemis de la civilisation cherchent ouvertement et activement à se doter des technologies les plus destructrices du monde, les Etats-Unis ne peuvent rester l’arme au pied pendant que les dangers s’accumulent.

Nous agirons toujours à bon escient, en évaluant les conséquences de nos actions. Pour préserver nos possibilités d’action préventive :

§ Nous construirons des systèmes de renseignement meilleurs et mieux intégrés, pour disposer en temps utile d’informations précises sur les menaces, quel que soit l’endroit où elles apparaissent.

§ Nous nous concerterons étroitement avec nos alliés, pour analyser ensemble les menaces les plus dangereuses.

§ Nous continuerons à transformer nos forces armées, pour être en mesure de mener rapidement des opérations précises afin d’obtenir des résultats décisifs.

Le but de nos actions sera toujours d’éliminer une menace précise dirigée contre les Etats-Unis, nos alliés ou nos amis. Les raisons de nos actions seront claires, la force sera utilisée de manière mesurée et la cause sera juste.

6 Entrer dans une nouvelle ère de croissance économique mondiale grâce à l’ouverture des marchés et la liberté du commerce

"Lorsque des pays ferment leur marché et que les opportunités sont accaparées par une minorité de privilégiés, l’aide au développement n’est jamais suffisante, quel que soit son montant. Lorsque des pays respectent leurs citoyens, ouvrent leur marché, investissent dans l’amélioration de la santé et de l’éducation, chaque dollar d’aide, chaque dollar d’échanges commerciaux et de capital national est utilisé plus efficacement."

Le président Bush

Monterrey, Mexique, le 22 mars 2002

Une économie mondiale saine accroît notre sécurité nationale en faisant avancer la prospérité et la liberté dans le reste du monde. La croissance économique basée sur un commerce libre et des marchés libres crée des emplois et augmente les revenus. Elle permet à des gens de sortir de la pauvreté, engendre des réformes économiques et législatives, ainsi que la lutte contre la corruption. Et elle renforce l’habitude d’être libre.

Nous allons promouvoir la croissance économique et la liberté économique à l’extérieur des Etats-Unis. Chaque gouvernement est responsable de sa politique économique et de sa manière de répondre aux défis économiques qui sont les siens. Nous profiterons de notre partenariat économique avec d’autres pays pour souligner l’avantage de politiques qui créent une meilleure productivité et une croissance économique durable, telles que :

§ Des lois et règlements favorables à la croissance, pour encourager l’investissement dans des affaires, l’innovation et la création d’entreprises.

§ Des politiques fiscales, notamment des taux plus faibles pour l’imposition des bénéfices, qui incitent à travailler et à investir.

§ Le respect des lois et le refus de la corruption, pour que les gens aient confiance dans la possibilité de profiter des fruits de leur activité économique.

§ Des systèmes financiers solides, permettant au capital d’être utilisé le plus efficacement possible.

§ Des politiques fiscales avisées pour supporter l’activité des entreprises.

§ Des investissements en matière de santé et d’enseignement qui améliorent le bien-être et la compétence des travailleurs et de la population dans son ensemble.

§ Un commerce libre offrant de nouvelles possibilités de croissance et favorisant la diffusion des technologies et des idées qui font croître la productivité et les opportunités.

L’histoire nous enseigne que ce sont les économies de marché, pas celles qui sont administrées par un gouvernement à la main lourde, qui sont la meilleure solution pour promouvoir la prospérité et réduire la pauvreté. Toutes les économies, qu’il s’agisse de celles des pays industrialisés, des pays émergeants et des pays en voie de développement, peuvent profiter de politiques favorisant le développement et l’organisation du marché.

Un retour à une forte croissance économique en Europe et au Japon est d’intérêt vital pour la sécurité des Etats-Unis. Nous voulons que nos alliés aient des économies solides dans leur propre intérêt, dans l’intérêt de l’économie mondiale et dans l’intérêt de la sécurité mondiale. Les efforts de l’Europe pour supprimer les freins structurels des économies de ses pays sont particulièrement importants à cet égard, tout comme les efforts du Japon pour mettre un terme à la déflation et résoudre les problèmes des dettes irrécouvrables du système bancaire japonais. Nous continuerons à profiter de nos consultations régulières avec le Japon et nos partenaires européens, notamment dans le cadre du G7, pour discuter des politiques qu’ils adoptent pour favoriser la croissance de leurs économies et soutenir une plus forte croissance économique mondiale.

Un autre facteur clé de la croissance économique mondiale est une meilleure stabilité dans les marchés émergeants. Ces économies ont besoin d’un flux international de capitaux pour développer leur potentiel économique. Ce flux permet à des marchés émergeants et des pays en voie de développement de faire les investissements qui accroissent le niveau de vie et réduisent la pauvreté. Notre objectif à long terme devrait être un monde où tous les pays ont un classement de solvabilité qui encourage l’investissement, leur permet d’accéder aux marchés internationaux de capitaux et d’investir pour leur avenir.

Nous nous engageons à pratiquer des politiques qui aideront les marchés émergeants à accéder à des flux de capital croissants à un coût réduit. Pour ce faire, nous continuerons à engager des réformes qui réduisent les risques dans les marchés financiers. Nous travaillerons activement avec les autres pays, le Fonds monétaire international (FMI) et le secteur privé pour mettre en pratique le plan d’action négocié au G7 au début de l’année, pour empêcher les crises financières et mieux les résoudre lorsqu’elles surviennent.

La meilleure manière de résoudre les crises financières est de les empêcher de survenir. Nous avons encouragé le FMI à accroître ses efforts en ce sens. Nous continuerons à travailler avec le FMI, pour simplifier sa politique de conditions de prêt et pour orienter sa stratégie de prêts vers une croissance économique basée sur la sagesse des politiques fiscales et monétaires, des politiques de taux de change et des politiques du secteur bancaire.

Le concept de liberté du commerce est né en tant que principe moral avant de devenir un principe de base de l’économie. Si vous fabriquez un objet qui a de la valeur pour d’autres, vous devriez pouvoir le leur vendre. Si d’autres fabriquent quelque chose qui vous est utile, vous devriez pouvoir l’acheter. C’est là qu’est la véritable liberté, la liberté pour une personne - ou un pays - de gagner sa vie. Pour promouvoir le commerce libre, les Etats-Unis ont conçu une stratégie tous azimuts :

§ Prendre des initiatives d’ampleur mondiale. Les nouvelles négociations commerciales mondiales, que nous avons aidé à lancer à Doha en novembre 2001, auront un agenda ambitieux, particulièrement dans les domaines de l’agriculture, de l’industrie et des services, avec un objectif d’accord final en 2005. Les Etats-Unis ont été le moteur des accords d’accession de la Chine et d’un Taiwan démocratique à l’Organisation mondiale du commerce. Nous aiderons les préparatifs de la Russie à son accession à l’OMC.

§ Encourager les initiatives régionales. Les Etats-Unis, ainsi que d’autres démocraties de l’hémisphère occidental, se sont mis d’accord pour créer le Free Trade Area of the Americas, [Note du traducteur : FTAA sera un "marché commun de l’Alaska à la Terre de feu"] qui doit être en place en 2005. Cette année, les Etats-Unis vont proposer la tenue de négociations d’accès au marché avec ses partenaires, portant sur l’agriculture, les produits industriels, les services, les investissements et les achats de fournitures des gouvernements. Nous offrirons aussi plus d’opportunités au continent le plus pauvre, l’Afrique, en commençant par le plein accès au statut préférentiel prévu dans la loi African Growth and Opportunity Act qui mène vers le commerce libre. [Note du traducteur : AGOA est un dispositif légal des Etats-Unis qui encourage les pays africains à ouvrir leurs économies et libérer leurs marchés, en échange d’un accès facile pour leurs produits au marché américain, d’un accès aux sources américaines de financement, au savoir-faire et aux technologies américaines, etc.]

§ Progresser en concluant des accords bilatéraux de libre commerce. Le gouvernement des Etats-Unis va s’inspirer de l’accord de libre commerce, conclu avec la Jordanie en 2001, pour conclure des accords semblables avec le Chili et Singapour. Notre objectif est de réussir à conclure des accords de commerce libre avec un ensemble de pays développés ou en développement, dans tous les pays du monde. Nous commencerons par l’Amérique centrale, l’Afrique du Sud, le Maroc et l’Australie.

§ Poursuivre le partenariat entre le gouvernement et le Congrès. Quel que soit le gouvernement, sa stratégie en matière de commerce repose sur un partenariat fécond avec le Congrès. Après un passage à vide de 8 ans, notre gouvernement a obtenu de nouveau le soutien de la majorité au Congrès pour libéraliser le commerce, grâce à l’adoption de mesures d’ouverture des marchés comme la loi Trade Promotion Authority et les diverses mesures de la loi sur le commerce de 2002 "Trade Act of 2002". [Note du traducteur : la loi Trade Promotion Authority est l’autorisation donnée par le Congrès aux gouvernements successifs des Etats-Unis depuis 1974 pour négocier et signer des accords commerciaux que le Congrès ne remettra pas en cause, dans la mesure où le gouvernement l’a tenu informé de ces négociations et a sollicité son accord au fur et à mesure de leur avancement.] Notre gouvernement travaillera avec le Congrès pour conclure d’autres accords de commerce bilatéraux, régionaux et mondiaux dans le cadre de la loi Trade Promotion Authority.

§ Promouvoir les retombées du commerce sur le développement. Des politiques favorables au commerce peuvent aider des pays en voie de développement à renforcer le droit à la propriété, la concurrence, le respect des lois, les investissements, la diffusion des connaissances et l’intégration régionale - toutes choses qui amènent la croissance, les opportunités et la confiance dans les pays en voie de développement. Les Etats-Unis appliquent la loi African Growth and Opportunity Act pour permettre l’accès au marché américain à presque tous les produits provenant des 35 pays d’Afrique sub-saharienne. Nous profiterons aussi de cette loi pour les Caraïbes et continuerons à travailler avec les organisations multilatérales et régionales à aider les pays plus pauvres à profiter de ces opportunités. Au-delà de l’accès au marché, le domaine où le commerce influe le plus sur la pauvreté est celui de la santé publique. Nous ferons en sorte que les règles de propriété intellectuelle de l’OMC soient suffisamment souples pour que les pays en voie de développement puissent accéder aux médicaments indispensables pour lutter contre des fléaux extraordinaires somme le sida, la tuberculose et la malaria.

§ Faire respecter les accords de commerce et les lois en matière de concurrence déloyale. Le commerce n’est possible que dans le respect des lois. Le commerce international n’est possible qu’avec des accords qu’on peut faire respecter. Nos priorités sont d’abord la résolution des désaccords actuels avec l’Union européenne, le Canada et le Mexique, puis un effort mondial pour abaisser les nouvelles barrières réglementaires de type technologique, scientifique ou médical qui freinent inutilement les exportations agricoles et l’agriculture améliorée. Les lois contre la concurrence déloyale sont souvent violées, mais la communauté internationale doit pouvoir répondre aux inquiétudes réelles nées des subventions gouvernementales et du dumping. L’espionnage industriel international, qui mine la concurrence loyale, doit être détecté et dissuadé.

§ Aider nos industries et nos travailleurs à s’adapter. Il y a une infrastructure réglementaire saine à la base des mesures temporaires de sauvegarde que nous avons utilisées dans le secteur agricole et que nous utilisons cette année pour aider la sidérurgie américaine. Il n’y a pas de libre commerce profitable en l’absence du respect des règles de libre concurrence. Les mesure de sauvegarde servent à garantir que les avantages du commerce libre ne sont pas obtenus au détriment des ouvriers américains. Une subvention d’adaptation aux contraintes du libre commerce aidera les ouvriers à s’adapter aux changements et au dynamisme des marchés ouverts.

§ Protéger l’environnement et les travailleurs. Les Etats-Unis doivent encourager la croissance économique d’une manière qui améliore les conditions de vie en même temps que la prospérité. Nous prendrons en compte le respect des travailleurs et de l’environnement dans nos négociations commerciales, notamment celles qui concernent l’OMC. Nous profiterons du Bureau International du Travail, des programmes de commerce préférentiel et des négociations d’accords de commerce pour améliorer les conditions de travail tout en libérant le commerce.

§ Améliorer la sécurité d’approvisionnement énergétique. Nous renforcerons la sécurité de notre propre approvisionnement en énergie et la prospérité partagée de l’économie mondiale en travaillant avec nos alliés, nos partenaires commerciaux et les producteurs d’énergie à étendre les sources d’énergie mondiales et à en diversifier la nature, particulièrement dans l’hémisphère occidental, en Afrique, en Asie centrale et dans la région de la mer Caspienne. Nous continuerons aussi à travailler avec nos partenaires à développer des technologies énergétiques plus propres et d’un meilleur rendement.

Dans tout le monde, la croissance économique devrait être accompagnée d’efforts pour stabiliser la concentration en gaz à effet de serre engendrée par cette croissance, en la maintenant à un niveau qui empêche l’humanité de modifier le climat du globe de manière dangereuse. Notre objectif global est de réduire les émissions de gaz à effet de serre de l’Amérique, compte tenu de la puissance de notre économie, en diminuant ces émissions par unité d’activité économique de 18 pour-cent dans les 10 prochaines années, d’ici 2012. Pour atteindre cet objectif, notre stratégie est la suivante :

§ Continuer à respecter la convention cadre des Nations unies pour la coopération internationale.

§ Obtenir l’accord des principales industries pour diminuer les émissions des gaz à effet de serre les plus puissants, et accorder des permis de polluer transférables aux sociétés qui ont réellement diminué leurs émissions.

§ Définir des normes améliorées pour mesurer et enregistrer la réduction des émissions.

§ Promouvoir la production d’énergies renouvelables et de technologies propres basées sur le charbon, ainsi que la production d’énergie nucléaire, qui n’émet pas de gaz à effet de serre. Améliorer la consommation des voitures et des camions qui roulent aux Etats-Unis.

§ Porter les crédits pour les recherches et les nouvelles technologies d’économie d’énergie à un total de 4,5 milliards de dollars, budget le plus important du monde consacré aux changements de climat, qui représente 700 millions de dollars de plus que le budget de l’année précédente.

§ Aider les pays en voie de développement, et tout particulièrement les grands émetteurs de gaz tels que la Chine et l’Inde, pour qu’ils disposent des outils et des ressources pour se joindre à l’effort commun et qu’ils puissent croître d’une manière plus propre.

7 Répandre le développement en ouvrant les sociétés humaines et en construisant l’infrastructure de la démocratie

"Pendant la deuxième guerre mondiale nous avons combattu pour un monde plus sûr, puis nous avons travaillé à le reconstruire. Tout en combattant aujourd’hui pour préserver le monde du terrorisme, nous devons aussi travailler à le rendre meilleur pour ceux qui y vivent."

Le président Bush

Washington, D. C. (Banque interaméricaine de développement), le 14 mars 2002

Un monde où certains vivent dans le confort et l’abondance, tandis que la moitié de la race humaine vit avec moins de 2 dollars par jour, n’est ni juste ni stable. Faire entrer tous les pauvres du monde dans un cercle de développement et d’opportunités toujours plus grand est un impératif moral pour les Etats-Unis, et c’est une des priorités de notre politique internationale.

Plusieurs décennies d’aide massive au développement n’ont pas réussi à générer la croissance économique dans les pays les plus pauvres. Pire même, l’aide au développement a souvent servi à faire survivre des politiques en échec, à masquer le besoin de réformes et à laisser perdurer la misère. En général, on mesure les résultats de l’aide en dollars dépensés par les donateurs, pas en termes de croissance des récipiendaires et de réduction de leur pauvreté. Ce sont là les preuves d’une stratégie qui a échoué.

Avec le concours d’autres pays, les Etats-Unis réagissent à cet échec. A la conférence des Nations unies pour le financement du développement de Monterrey, nous avons abouti à un nouveau consensus sur les objectifs de l’aide et les stratégies pour les atteindre, stratégies qui doivent changer.

Notre gouvernement actuel veut aider à libérer le potentiel productif des individus dans tous les pays. Mais une croissance durable et une réduction de la pauvreté sont impossibles sans des politiques nationales appropriées. Là où un gouvernement a fait réellement évoluer sa politique, nous accroîtrons notre aide de manière significative. Les Etats-Unis et d’autres pays développés devraient se fixer un objectif ambitieux et précis : doubler la taille des économies les plus pauvres du monde en une décennie.

Pour y parvenir, le gouvernement des Etats-Unis suivra la stratégie suivante :

§ Fournir des ressources pour aider des pays qui ont relevé le défi des réformes nationales. Nous proposons d’augmenter de 50% l’aide de base au développement donnée par les Etats-Unis. Pendant que nos programmes d’aide actuels se poursuivent, y compris l’aide humanitaire basée sur les seuls besoins, ces milliards de dollars nouveaux constitueront un compte nouveau (a new Millenium Challenge Account) destiné à des projets dans des pays dont la gouvernance est juste, qui investissent dans leurs ressortissants et encouragent la liberté économique. Les gouvernements doivent combattre la corruption, respecter les droits fondamentaux de l’homme, respecter les lois, investir dans la santé et l’instruction, suivre des politiques économiques responsables et promouvoir l’esprit d’entreprise. Le programme Millenium Challenge Account récompensera des pays qui ont fait preuve de réels changements de politique, et constituera un défi pour ceux qui n’ont pas encore fait de réforme.

§ Améliorer l’efficacité de la Banque mondiale et d’autres banques de développement en matière d’augmentation des niveaux de vie. Les Etats-Unis sont décidés à mener à bien un plan de réformes tous azimuts, pour rendre la Banque mondiale et les autres banques multilatérales de développement plus efficaces en matière d’amélioration des niveaux de vie des pauvres de la planète. Nous avons inversé la courbe d’évolution, jusqu’ici toujours décroissante, du budget de l’aide américaine, et proposé une augmentation de 18 pour-cent de nos contributions à l’Association internationale de développement (AID, en anglais International Development Association - IDA), le fonds de la Banque mondiale pour les pays les plus pauvres, et au Fonds de développement africain (African Development Fund). La clé de l’accroissement des niveaux de vie et de la réduction de la pauvreté dans le monde est l’accélération de la croissance de la productivité, particulièrement dans les pays les plus pauvres. Nous continuerons à inciter les banques multilatérales de développement à donner la priorité à des activités qui accroissent la productivité de l’économie, telles que les améliorations de l’instruction et de la santé, le respect de la loi et le développement du secteur privé. Tout projet, tout prêt, tout don doit être évalué selon l’accroissement de la croissance de la productivité qu’il générera dans les pays en voie de développement.

§ Insister sur des résultats mesurables, pour s’assurer que l’aide au développement produit une amélioration visible des vies des pauvres de la planète. En matière de développement économique, ce qui compte vraiment c’est que davantage d’enfants reçoivent une meilleure instruction, que plus de gens aient accès aux soins et à de l’eau propre, et que plus de travailleurs puissent trouver des emplois pour assurer un meilleur avenir à leur famille. Nous sommes moralement obligés de mesurer le succès de notre aide au développement par les résultats qu’elle produit. C’est pourquoi nous continuerons à exiger que notre aide au développement, ainsi que celle des banques multilatérales de développement, ait des objectifs mesurables et des moyens de mesure concrets de leurs résultats. Grâce au rôle de leader des Etats-Unis, l’accord récent de réapprovisionnement de l’AID mettra en place un système de suivi et d’évaluation qui mesure les progrès des pays bénéficiaires. Pour la première fois, les donateurs pourront faire le lien entre une partie de leurs dons à l’AID et des résultats de développement réels ; pour la première fois, une partie de la contribution des Etats-Unis est liée aux résultats de cette manière-la. Nous nous efforcerons de vérifier que la Banque mondiale et les autres banques multilatérales de développement continuent dans cette voie, pour que l’attachement aux résultats soit au centre de toutes les actions qu’elles entreprennent.

§ Accroître la proportion de l’aide au développement fournie sous forme de dons au lieu de prêts. Une plus grande proportion de dons liés à des résultats constitue la meilleure manière d’aider les pays pauvres à faire des investissements productifs, particulièrement dans le secteur social, sans les accabler de dettes toujours croissantes. A l’initiative des Etats-Unis, l’accord AID récent a prévu des accroissements significatifs des montants des dons aux pays les plus pauvres, pour la formation, la lutte contre le sida, la santé, la nourriture, l’eau, les assainissements et d’autres besoins des populations. Nous voulons continuer dans le sens de ce progrès, en augmentant l’emploi de dons dans les autres banques multilatérales de développement. Nous inciterons aussi les universités, les associations sans but lucratif et le secteur privé à s’associer aux efforts du gouvernement, en utilisant des dons pour des projets de développement qui produisent des résultats.

§ Ouvrir les sociétés humaines au commerce et aux investissements. Le commerce et l’investissement sont les véritables moteurs de la croissance économique. Même si l’aide gouvernementale croît, la plus grande partie des fonds de développement doit provenir du commerce, du capital local et de l’investissement étranger. Une stratégie efficace doit s’efforcer de développer aussi ces sources-là. Les marchés ouverts et le commerce libre sont des priorités essentielles de notre stratégie nationale de sécurité.

§ Une santé publique garantie. La crise de la santé publique dans les pays pauvres est d’une ampleur énorme. Dans les pays affligés d’épidémies et de pandémies comme le sida, la malaria et la tuberculose, la croissance et le développement seront menacés jusqu’à ce que ces fléaux régressent. Les ressources provenant des pays développés sont nécessaires, mais elles ne seront efficaces que dans le cadre d’une gouvernance honnête, qui soutient les programmes de prévention des maladies et fournit une infrastructure locale efficace. Les Etats-Unis ont fortement soutenu le nouveau fonds mondial pour lutter contre le sida, organisé par le Secrétaire général des Nations unies, M. Kofi Annan, avec son association des efforts de prévention et d’une stratégie complète de soins. Les Etats-Unis donnent déjà deux fois plus d’argent à ce genre d’efforts que le pays donateur le plus généreux. Si ce fonds mondial tient ses promesses, nous sommes prêts à donner encore plus.

§ Mettre l’accent sur la formation. L’instruction et la formation sont le fondement de la démocratie et du développement. La Banque mondiale n’affecte qu’environ 7 pour-cent de ses ressources à l’instruction. Cette proportion devrait croître. Les Etats-Unis vont augmenter leur propre contribution à l’aide à l’instruction d’au moins 20 pour-cent, en mettant l’accent sur l’amélioration de l’instruction de base et la formation des maîtres en Afrique. Les Etats-Unis peuvent aussi apporter de la technologie informatique à ces sociétés, dont beaucoup ont vu leurs systèmes éducatifs dévastés par le sida.

§ Poursuivre l’aide au développement de l’agriculture. Les nouvelles technologies, notamment les biotechnologies, ont un énorme potentiel d’amélioration des rendements des cultures dans les pays en voie de développement, tout en utilisant moins de pesticides et moins d’eau. Avec une utilisation raisonnée de la science, les Etats-Unis devraient contribuer à faire profiter 800 millions de personnes, dont 300 millions d’enfants, de ces avantages, car telle est la population du monde qui souffre encore de la faim et de malnutrition.

8 Planifier l’action en commun avec les autres principales puissances mondiales

"Nous avons aujourd’hui la meilleure opportunité depuis le 17ème siècle de construire un monde où les grandes puissances se font concurrence en paix, au lieu de se préparer à la guerre."

Le président Bush

West Point, New York, le 1er juin 2002

L’Amérique mettra à exécution ses stratégies en organisant des coalitions, aussi larges que possible, d’états qui sont d’accord pour favoriser un équilibre des pouvoirs qui fait progresser la liberté, et qui ont la capacité de le faire. Prendre la tête d’une coalition de manière efficace demande des priorités claires, la compréhension des intérêts des autres, et des consultations constantes parmi les partenaires dans un esprit de modestie.

Il y a peu d’actions aux conséquences pérennes que les Etats-Unis peuvent entreprendre dans le monde sans la coopération constante de ses alliés et amis au Canada et en Europe. C’est aussi l’Europe qui est le siège de deux des institutions les plus puissantes et les plus capables du monde : l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) - qui a été, depuis sa naissance, le pivot de la sécurité de part et d’autre de l’Atlantique et à l’intérieur de l’Europe - et l’Union européenne, notre partenaire pour l’ouverture du commerce mondial.

Les attaques du 11 septembre ont aussi été des attaques de l’OTAN, comme l’OTAN elle-même l’a reconnu lorsqu’elle a invoqué la clause de défense mutuelle de l’article V [de son traité] pour la première fois. La mission fondamentale de l’OTAN - la défense collective de l’alliance transatlantique de démocraties - demeure, mais l’OTAN doit se doter de nouvelles structures et de nouveaux moyens pour mener cette mission à bien dans les nouvelles circonstances. L’OTAN doit se doter des moyens de projeter, dans un délai réduit, des forces très mobiles spécialement entraînées, pour répondre à une menace contre un membre quelconque de l’alliance.

L’alliance doit être capable d’agir partout où nos intérêts sont menacés, de créer des coalitions sous son propre mandat, ainsi que de participer à des coalitions formées pour une mission particulière. Pour y parvenir, nous devons :

§ Etendre la qualité de membre de l’OTAN à ceux des pays démocratiques qui veulent partager avec nous le poids de la défense et du progrès de nos intérêts communs, et qui sont à même de le faire.

§ Faire en sorte que les forces armées des pays de l’OTAN puissent contribuer de manière utile aux combats de la coalition.

§ Développer des procédures de planification permettant à ces contributions de devenir des forces de combat multinationales efficaces.

§ Profiter, dans nos budgets de défense, des opportunités technologiques et des économies d’échelle pour transformer les forces armées de l’OTAN, de manière à ce qu’elles dominent des agresseurs potentiels et diminuent nos vulnérabilités.

§ Simplifier les structures de commandement et en augmenter la souplesse, pour répondre aux nouvelles exigences opérationnelles et aux besoins correspondants de formation, d’intégration et de test de nouvelles configurations de forces.

§ Conserver la possibilité de travailler et de combattre ensemble en tant qu’alliés, tout en prenant les mesures nécessaires pour transformer et moderniser nos armées.

Si l’OTAN réussit à effectuer ces changements, notre partenariat deviendra aussi indispensable à la sécurité et aux intérêts de ses états membres qu’il l’a été pendant la guerre froide. Nous aurons un point de vue commun sur les menaces qui pèsent sur nos sociétés. Nous améliorerons notre capacité à agir ensemble pour défendre nos pays et leurs intérêts. Nous nous félicitons aussi des efforts de nos alliés européens pour progresser, dans le cadre de l’Union européenne, vers une meilleure politique étrangère et une défense plus intégrée. Nous nous consulterons de manière étroite avec eux pour que ces évolutions soient compatibles avec l’OTAN. Nous ne pouvons nous permettre de laisser passer cette opportunité de mieux préparer la famille des démocraties d’outre Atlantique aux défis à venir.

Les attaques du 11 septembre ont stimulé les alliances asiatiques de l’Amérique. L’Australie à invoqué le traité ANZUS pour déclarer que l’attaque du 11 septembre était une attaque contre l’Australie elle-même. [Note du traducteur : le traité ANZUS, signé le 1er septembre 1951 entre l’Australie, la Nouvelle Zélande et les Etats-Unis, prévoit une aide mutuelle en cas d’agression contre l’un de ses membres.] Elle donna suite à cette décision historique en envoyant un corps expéditionnaire, figurant parmi les meilleures forces de combat du monde, participer à l’opération Enduring Freedom. Le Japon et la République de Corée fournirent des niveaux sans précédent de support logistique militaire, quelques semaines seulement après l’attaque terroriste. Nous avons approfondi la coopération antiterroriste avec les partenaires alliés que sont la Thaïlande et les Philippines et nous avons reçu une aide de grande valeur d’amis proches comme Singapour et la Nouvelle Zélande.

La guerre contre le terrorisme a prouvé que les alliances de l’Amérique en Asie font plus que soutenir la paix et la stabilité dans la région, elles sont souples et prêtes à faire face à de nouveaux défis. Pour renforcer nos alliances et amitiés asiatiques, nous allons :

§ Nous tourner vers le Japon, pour qu’il continue à jouer un rôle de leader dans les affaires de la région et du monde, selon nos intérêts communs, nos valeurs communes et notre coopération étroite dans les domaines diplomatiques et militaires.

§ Coopérer avec la Corée du Sud pour rester vigilants vis-à-vis de la Corée du Nord, tout en préparant notre alliance à contribuer à une stabilité meilleure et durable de la région.

§ Poursuivre notre alliance de 50 ans avec l’Australie, tout en travaillant ensemble à résoudre les problèmes de la région et du monde, comme nous l’avons fait si souvent depuis la bataille de la Mer de Corail jusqu’à celle de Tora Bora.

§ Maintenir des forces dans la région, conformément à nos engagements envers nos alliés, à nos besoins, à notre avance technologique et à l’environnement stratégique.

§ Nous appuyer sur la stabilité offerte par ces alliances, ainsi que sur des institutions telles que l’ASEAN et le Forum de coopération économique Asie-Pacifique, pour développer un ensemble de stratégies régionales et bilatérales pour gérer les évolutions dans cette région dynamique. [Note du traducteur : l’ASEAN est une association regroupant l’Indonésie, la Malaisie, les Philippines, Singapour, la Thaïlande, le Vietnam et Brunei, pour promouvoir la coopération économique, le commerce libre, la recherche et la sécurité.]

Nous sommes attentifs à la renaissance possible d’anciennes rivalités entre grandes puissances. Plusieurs pays capables de devenir de grandes puissances sont en pleine transition interne, tout particulièrement la Russie, l’Inde et la Chine. Dans les trois cas, des développements récents nous laissent espérer qu’un consensus mondial sur les principes fondamentaux prendra lentement forme.

En ce qui concerne la Russie, nous sommes déjà en train de construire de nouvelles relations stratégiques, basées sur une réalité fondamentale du vingt-et-unième siècle : les Etats-Unis et la Russie ne sont plus des adversaires stratégiques. Le traité de Moscou sur les réductions stratégiques [d’armes nucléaires] est un exemple emblématique de cette nouvelle réalité ; il montre un changement important de la pensée russe, qui promet de mener à des relations productives et durables avec la communauté Euro-Atlantique et les Etats-Unis. Les plus hauts dirigeants russes perçoivent de manière réaliste la faiblesse actuelle de leur pays, et les politiques - intérieure et extérieure - nécessaires pour inverser cette situation. Ils comprennent de plus en plus qu’une approche de type guerre froide n’est pas leur intérêt national, et que les intérêts stratégiques de la Russie et de l’Amérique coïncident dans de nombreux domaines.

La politique des Etats-Unis cherche à profiter de ce changement de la pensée russe pour réorienter nos relations vers des intérêts et des défis communs, nouveaux ou potentiels. Nous sommes en train d’approfondir notre coopération, déjà substantielle, en matière de guerre contre le terrorisme. Nous facilitons l’entrée de la Russie dans l’Organisation Mondiale du Commerce, sans adoucir les conditions d’admission, pour faciliter les relations bilatérales profitables en matière de commerce et d’investissements. Nous avons créé le Conseil OTAN-Russie dans le but d’approfondir la coopération de sécurité entre la Russie, nos alliés européens et nous-mêmes. Nous continuerons à soutenir l’indépendance et la stabilité des pays de l’ancienne Union soviétique, parce qu’à notre avis un voisinage prospère et stable renforcera la volonté croissante de la Russie de s’intégrer à la communauté euro-atlantique.

Néanmoins, nous sommes réalistes sur les différences qui nous séparent toujours de la Russie, et sur le temps et les efforts qu’il faudra pour construire un partenariat stratégique durable. Des restes de manque de confiance dans nos motivations et nos politiques chez certaines élites russes ralentissent l’amélioration de nos relations. L’engagement inégal de la Russie envers les valeurs fondamentales de la démocratie à marchés ouverts, et son passé contestable en matière de combat contre la prolifération d’armes de destruction massive, constituent des sujets de grande inquiétude. Ce sont les faiblesses même de la Russie qui limitent les opportunités de coopérer. Malgré tout, ces opportunités sont infiniment plus importantes aujourd’hui que ce qu’elles ont été depuis des années ou même des décennies.

Les Etats-Unis ont entrepris une transformation de leurs relations bilatérales avec l’Inde, sur la base d’une conviction que nos intérêts nécessitent des relations étroites avec ce pays. Nos deux pays sont les deux plus grandes démocraties du monde, et un gouvernement représentatif des citoyens y fait régner la liberté politique. L’Inde évolue aussi vers plus de liberté économique. Nous avons un intérêt commun dans un commerce à libre circulation, notamment le long des routes de navigation vitales de l’océan Indien. Enfin, nous avons un intérêt commun dans la lutte contre le terrorisme et la création d’une Asie stratégiquement stable.

Nous avons encore des désaccords, notamment concernant le développement des programmes indiens d’armes nucléaires et de missiles, et la vitesse des réformes économiques de l’Inde. Mais alors que, par le passé, ces soucis dominaient notre opinion sur l’Inde, aujourd’hui nous partons d’une vision de l’Inde en tant que puissance mondiale émergeante, avec laquelle nous avons des intérêts stratégiques communs. C’est par un partenariat fort avec l’Inde que nous pourrons le mieux régler nos désaccords et construire un avenir prometteur.

Les relations des Etats-Unis avec la Chine constituent une partie importante de notre stratégie pour promouvoir la stabilité, la paix et la prospérité dans la région Asie-Pacifique. Nous nous félicitons de l’émergence d’une Chine forte, éprise de paix et prospère. Le développement démocratique de la Chine est d’importance critique pour cet avenir. Toutefois, un quart de siècle après le début du processus de rejet des pires aspects de l’héritage communiste, les dirigeants chinois n’ont pas encore fait les choix fondamentaux sur la nature de leur état. En se dotant de moyens militaires avancés susceptibles de menacer ses voisins de la région Asie-Pacifique, la Chine poursuit une stratégie dépassée qui finira par handicaper sa recherche de grandeur nationale. Avec le temps, la Chine finira par s’apercevoir que la liberté sociale et politique est la seule source de cette grandeur.

Les Etats-Unis cherchent à établir avec la Chine des relations constructives. Nous coopérons déjà bien dans les domaines où nos intérêts se rejoignent, y compris dans la guerre actuelle contre le terrorisme et la promotion de la stabilité dans la péninsule de Corée. De même, nous nous sommes concertés sur l’avenir de l’Afghanistan et avons commencé un dialogue tous azimuts sur le contre-terrorisme et des évolutions de même nature. Des fléaux qui nous menacent tous deux, comme l’extension du sida, nous incitent à travailler ensemble au bien-être de nos citoyens.

En cherchant une réponse à ces menaces extérieures, la Chine sera amenée à traiter l’information [de ses citoyens] de manière plus ouverte, à promouvoir le développement de la société civile et à mieux respecter les droits de chaque homme. La Chine s’est engagée sur la route de l’ouverture politique, en accordant de nombreuses libertés individuelles et en organisant des élections au niveau des villages. Elle reste pourtant fermement partisane du règne d’un parti unique, le parti communiste. Il reste beaucoup d’efforts à faire pour que ce pays commence vraiment à prendre en compte les besoins et les aspirations de ses citoyens. La Chine ne réalisera pleinement son potentiel qu’en permettant aux Chinois de penser, de s’associer et de pratiquer une religion librement.

Nos importantes relations commerciales tireront profit de l’entrée de la Chine dans l’Organisation Mondiale du Commerce. Nous y trouverons plus d’opportunités pour exporter et, en définitive, plus de travail pour les fermiers, les ouvriers et les sociétés de l’Amérique. La Chine est notre quatrième partenaire commercial, avec un volume annuel d’exportations et importations de plus de 100 milliards de dollars. La force des règles de marché et des exigences de l’OMC en matière de transparence et de responsabilité feront progresser, en Chine, l’ouverture et le respect des lois, ce qui aidera à établir des protections de base pour le commerce et pour les citoyens. Il y a, toutefois, d’autres domaines dans lesquels nous avons de profonds désaccords. Le premier est notre engagement, dans le cadre du Taiwan Relations Act, à aider Taiwan à se défendre. [Note du traducteur : par la loi Taiwan Relations Act de 1999, les Etats-Unis garantissent la sécurité de Taiwan et nouent des relations économiques avec l’île.] Un deuxième est le respect des droits de l’homme. Nous attendons aussi de la Chine qu’elle respecte ses engagements en matière de non-prolifération [des armes nucléaires]. Nous travaillerons à réduire nos désaccords, là où ils existent, mais sans leur permettre d’empêcher la coopération dans les domaines où nous sommes d’accord.

Les événements du 11 septembre 2001 ont changé radicalement le contexte des relations entre les Etats-Unis et d’autres centres de pouvoir à l’échelle mondiale, et ouvert de vastes opportunités nouvelles. Avec nos alliés de longue date en Europe et en Asie, ainsi qu’avec les dirigeants de la Russie, de l’Inde et de la Chine, nous devons développer des plans volontaristes de coopération, sous peine que ces relations ne deviennent routinières et improductives.

Tous les ministères du gouvernement des Etats-Unis partagent ces défis. Nous pouvons prendre des habitudes fructueuses de consultation, de discussion sans passion, d’analyse sobre et d’action en commun. A longue échéance, ce sont là les habitudes qui maintiendront la suprématie de nos principes communs et garderont ouverte la route du progrès.

9 Transformer les services nationaux de sécurité de l’Amérique en fonction des défis et opportunités du vingt-et-unième siècle

"Les terroristes ont attaqué un symbole de la prospérité américaine. Ils n’en ont pas atteint la source. L’Amérique a du succès parce que son peuple travaille dur et qu’il est créatif et entreprenant."

Le président Bush

Washington, D. C. (réunion en congrès des deux chambres), le 20 septembre 2001

Les principaux services nationaux américains de sécurité ont été conçus à une autre époque, pour répondre à des besoins différents. Ils doivent tous être transformés.

Il est temps de réaffirmer le rôle essentiel de la puissance militaire américaine. Nous devons construire nos forces de défense et les maintenir en état opérationnel pour pouvoir répondre à n’importe quel défi. La première priorité de nos forces armées est la défense des Etats-Unis. Pour que cette défense soit efficace, nos forces armées doivent :

§ Rassurer nos alliés et amis.

§ Dissuader d’autres pays de tenter de nous concurrencer sur le plan militaire.

§ Décourager les menaces contre les intérêts, les alliés et les amis des Etats-Unis.

§ Si la dissuasion échoue, vaincre de manière décisive tout adversaire.

La puissance incomparable des forces armées des Etats-Unis, et leur présence sur le terrain, a maintenu la paix dans quelques-unes des régions les plus vitales du monde sur le plan stratégique. Mais aujourd’hui les menaces et les ennemis en face de nous ont changé, et nos forces armées doivent changer aussi. Il nous faut transformer une organisation militaire conçue pour dissuader de grandes armées de l’époque de la guerre froide. Nos armées doivent désormais se préoccuper plus de la manière de combattre d’un adversaire éventuel, que de l’endroit et du moment où une guerre pourrait survenir. Nous allons concentrer notre énergie sur un ensemble de défis opérationnels.

La présence de forces américaines hors du continent américain est un des symboles les plus significatifs des engagements des Etats-Unis envers nos alliés et nos amis. Par notre volonté d’utiliser la force pour nous défendre et défendre d’autres peuples, les Etats-Unis montrent leur résolution à maintenir un équilibre des forces qui favorise la liberté. Pour combattre l’incertitude et pour faire face à nos nombreux défis, les Etats-Unis auront besoin de bases militaires et de garnisons en Europe de l’ouest et au-delà, ainsi qu’en Asie du nord-est ; nous aurons aussi besoin d’accords temporaires d’accès pour le déploiement lointain de nos forces.

Avant la guerre d’Afghanistan, cette région figurait fort bas dans la liste de nos priorités. Nous avons pourtant dû monter des opérations d’un bout à l’autre de ce lointain pays en très peu de temps, avec toutes les composantes de nos forces armées. Nous devons nous préparer à d’autres déploiements de cette espèce, en nous dotant de moyens comme la détection avancée à distance, les possibilités de frapper à grande distance avec précision, ainsi que de forces expéditionnaires et de logistique transformées. Ce large éventail de moyens militaires doit aussi comprendre la possibilité de défendre notre patrie, de faire du renseignement, de garantir l’accès à des théâtres d’opération éloignés et de protéger l’infrastructure et le matériel américain d’importance vitale dans l’espace.

La modernisation des forces armées sera basée sur l’expérimentation des nouvelles approches en matière de guerre, sur le renforcement des opérations conjointes, sur l’utilisation de l’avance américaine en matière de renseignement et en profitant pleinement de la science et de la technologie. Nous devons aussi transformer la gestion du ministère de la Défense (Department of Defense), particulièrement en matière de budgets, de recrutement et de fidélité du personnel. Enfin, tout en préservant notre réactivité et notre aptitude à combattre le terrorisme, notre but doit être d’offrir au Président une gamme d’options plus étendue pour décourager l’agression ou toute forme de pression sur les Etats-Unis, nos alliés et nos amis.

L’Histoire nous enseigne que la dissuasion peut échouer et nous savons par expérience que certains ennemis ne peuvent être dissuadés. Les Etats-Unis doivent conserver l’aptitude à contrer toute tentative d’un ennemi - qu’il s’agisse d’un état ou non - d’imposer sa volonté aux Etats-Unis, à nos alliés ou nos amis, et nous la conserverons. Nous maintiendrons un volume de forces suffisant pour faire face à nos obligations et pour défendre la liberté. Nos forces seront assez puissantes pour dissuader des adversaires potentiels de s’armer en espérant dépasser - ou même égaler - la puissance des Etats-Unis.

Le renseignement et la manière de l’utiliser - constituent notre première ligne de défense contre les terroristes et la menace des états hostiles. Conçue à l’origine pour collecter un énorme volume de renseignements sur une entité massive et fixe, le bloc soviétique, les services de renseignement sont désormais en train de faire face au défi de suivre des cibles bien plus complexes et insaisissables.

Nous devons transformer nos moyens de renseignement et en construire de nouveaux, pour suivre l’évolution de la nature de ces menaces. Le renseignement doit être correctement intégré avec nos systèmes de défense et de respect de la loi, et coordonné avec nos alliés et amis. Nous avons besoin de protéger les moyens dont nous disposons, pour ne pas fournir à nos ennemis les connaissances leur permettant de nous surprendre. Ceux qui cherchent à nous nuire veulent aussi avoir l’avantage de la surprise, pour limiter nos capacités de prévention et nos options de réaction, et pour nous faire le plus de mal possible.

Nous devons renforcer les capacités d’avertissement et d’analyse des renseignements, pour identifier les menaces sur la sécurité de notre patrie. Puisque les menaces provenant de gouvernements et de groupes étrangers peuvent se matérialiser à l’intérieur des Etats-Unis, nous devons aussi assurer une synthèse correcte des informations entre le renseignement et les forces de l’ordre.

Les initiatives dans ce domaine comprendront :

§ Le renforcement de l’autorité du Directeur central du renseignement, pour qu’il dirige le développement et les actions des services de renseignement extérieurs de notre pays.

§ La mise en place d’une nouvelle infrastructure d’alerte basée sur des renseignements intégrant de manière transparente les avertissements concernant tous les types de menaces sur notre nation ou nos alliés.

§ La poursuite du développement de nouvelles méthodes de collecte d’informations, pour préserver notre avance en matière de renseignements.

§ L’investissement dans de nouveaux moyens de renseignement, tout en travaillant encore plus vigoureusement à les protéger contre des tentatives d’inhibition.

§ La collecte et l’analyse intégrée de renseignements sur les dangers terroristes dans tous les services du gouvernement.

Tout en comptant sur les forces armées pour défendre les intérêts de l’Amérique, le gouvernement des Etats-Unis doit compter sur la diplomatie dans ses relations avec les autres pays. Nous ferons en sorte que le Département d’Etat [Note du traducteur : c’est le nom donné aux Etats-Unis au ministère des affaires étrangères] reçoive assez de fonds pour assurer le succès de la diplomatie américaine. C’est le Département d’Etat qui conduit nos relations bilatérales avec les autres gouvernements. Dans cette ère nouvelle, son personnel et son organisation doivent être en mesure de dialoguer aussi bien avec des organisations non-gouvernementales et des organismes internationaux. Des fonctionnaires, formés pour l’essentiel à la politique internationale, doivent aussi comprendre les problèmes complexes de gouvernance intérieure partout dans le monde, y compris ceux qui touchent à la santé publique, l’enseignement, le respect de la loi, la justice et la diplomatie.

Nos diplomates sont en première ligne dans les négociations complexes, les guerres civiles et autres catastrophes humanitaires. Au fur et à mesure que nous comprendrons mieux les besoins d’aide humanitaire, nous devrons aussi être capables d’aider à construire des forces de l’ordre, des systèmes judiciaires et des codes de lois, des administrations locales et régionales et des systèmes électoraux. Pour réussir dans ces tâches, nous aurons besoin d’une coopération internationale efficace, en même temps que nous devons être prêts à faire notre part du travail.

En même temps que notre diplomatie s’adapte pour que nous puissions tendre la main à d’autres pays, nous avons aussi besoin d’une approche différente et plus complète des problèmes d’information du public, pour aider des gens, partout dans le monde, à connaître et à comprendre l’Amérique. La guerre contre le terrorisme n’est pas un conflit de civilisations. Elle révèle cependant les conflits existant à l’intérieur d’une civilisation, une bataille pour l’avenir du monde musulman. Ce combat est un combat d’idées, et c’est un domaine dans lequel l’Amérique doit exceller.

Nous ferons ce qu’il faut pour que nos efforts pour respecter nos engagements mondiaux en matière de sécurité et protéger les Américains ne soient pas compromis par le pouvoir d’investigation et de poursuite du Tribunal pénal international (TPI), dont la compétence ne s’étend pas aux Américains et que nous n’acceptons pas. Nous travaillerons avec les autres pays pour éviter les complications dans le déroulement de nos opérations militaires et de notre coopération, dans le cadre de procédures et d’accords bilatéraux qui protégeront les citoyens américains du TPI. Nous appliquerons la loi American Servicemembers Protection Act qui protège les militaires et les officiels américains. [Note du traducteur : cette loi américaine de 2001 restreint les pays où les Etats-Unis peuvent accepter des missions de maintien de la paix à ceux qui n’ont pas ratifié le traité instituant le TPI, aux membres de l’OTAN et à quelques pays amis tels que l’Australie, Israël, l’Egypte et la république de Corée.]

Nous ferons des choix difficiles, dans l’année qui vient et par la suite, pour trouver le niveau correct de dépenses du gouvernement américain consacrées à la sécurité nationale. Le gouvernement des Etats-Unis doit renforcer ses défenses pour gagner cette guerre. Aux Etats-Unis même, notre première priorité est de protéger notre patrie pour le peuple américain.

Aujourd’hui, la distinction entre affaires intérieures et affaires étrangères est de moins en moins nette. Dans un monde ouvert ("mondialisé") des événements hors des frontières de l’Amérique ont un impact intérieur plus grand. Notre société doit être ouverte aux gens, aux idées et aux biens de tous les pays du monde. Les caractéristiques auxquelles nous tenons le plus - notre liberté, nos villes, nos moyens de transport et la vie moderne elle-même - sont vulnérables au terrorisme. Cette vulnérabilité persistera longtemps après que nous aurons traduit en justice les responsables des attaques du 11 septembre. Le temps passant, certains individus pourront se procurer des moyens de destruction qui jusqu’à présent n’étaient à la disposition que d’armées, de flottes et d’escadrilles. C’est là une nouvelle caractéristique de la vie actuelle. Nous nous y adapterons et prospérerons malgré elle.

Dans notre rôle de leader, nous respecterons les valeurs, le jugement et les intérêts de nos amis et partenaires. Néanmoins nous serons prêts à agir seuls lorsque nos intérêts et le caractère unique de nos responsabilités l’exigent. Lorsque nous serons en désaccord sur certains détails, nous expliquerons franchement les raisons de nos inquiétudes, et nous efforcerons de trouver des solutions alternatives viables. Nous ne laisserons pas de tels désagréments assombrir notre détermination de garantir ensemble, avec nos alliés et amis, les valeurs et les intérêts fondamentaux que nous partageons.

En dernière analyse, la base de la force de l’Amérique est chez nous. Elle réside dans les talents de notre peuple, le dynamisme de notre économie et la robustesse de nos institutions. Une société moderne et diverse a une énergie inhérente, ambitieuse et entreprenante. Notre force vient de ce que nous faisons de cette énergie. C’est là que notre sécurité nationale commence.