Réponse à Alex Callinicos

Deux figures du mouvement anti-guerre international, Gilbert Achcar et Alex Callinicos, ont échangé plusieurs lettres suite à un article du premier sur les élections en Irak. Ils y débattent de la strétie étatsunienne, de la résistance irakienne et des tâches du mouvement anti-guerre. Nous reproduisons ici l’ensemble des textes du débat.

Remerciements à Jan Malewski et inprecor (www.inprecor.org).

Réponse à Alex Callinicos

Par Gilbert Achcar

Cher Alex, Merci infiniment de ta lettre. Je suis très heureux de cette nouvelle occasion d’avoir un échange avec toi, d’autant plus que j’admire ta rare capacité de mener une activité intellectuelle exigeante et une carrière académique en même temps qu’une participation très active à la politique pratique.

Nous sommes tous les deux engagés dans la construction du mouvement antiguerre et anti-impérialiste, ce que nous faisons de façon conséquente depuis de longues années. C’est ce qui donne à notre débat quelque valeur en tant que reflet de différentes orientations au sein de la gauche militante et non un exercice de rhétorique de salon. En outre, nous sommes capables de mener un débat qui est un bon exemple d’échange amical entre camarades faisant usage d’arguments, au lieu de nous envoyer mutuellement des épithètes à la figure et de déformer nos points de vue respectifs.

J’en viens au commentaire de ta lettre. Tu écris que tu as lu mon article sur " les enjeux des élections irakiennes " sur Z-Net " avec une consternation croissante ". Je suis certain que je ne t’étonnerai pas en disant que je ne suis pas surpris. Le fait est que j’ai écrit ce texte en vue de prévenir des secteurs du mouvement anti-impérialiste occidental contre une interprétation erronée de la situation en Irak qui pourrait conduire à des conséquences politiques graves - en particulier en ce qui concerne les efforts visant à remobiliser le mouvement antiguerre au niveau qu’il avait atteint avant l’invasion de l’Irak. Je m’adressais en particulier aux mouvements antiguerre des États-Unis et de la Grande-Bretagne - les deux pays dont les forces armées jouent un rôle majeur dans l’occupation de l’Irak. Car j’ai moi-même ressenti " une consternation croissante " envers les positions prises par certains cercles de gauche en ce qui concerne ces questions.

De ce point de vue, je dois avouer qu’à la lecture de ta lettre, je fus à la fois satisfait et déconcerté. J’étais satisfait de voir que mes arguments ont apparemment eu un impact sur ton point de vue - peut-être un autre exemple de la confiance en mon jugement en tant que " source d’orientation ", comme tu l’as si aimablement affirmé au début de ta lettre. Je fus déconcerté cependant par les contradictions dans ta lettre, provenant du fait que tu n’as fait que la moitié du chemin pour accepter mon analyse, ce qui t’a plongé dans des contradictions qui ne sont pas habituelles pour un esprit aiguisé comme le tien.

Ces contradictions tournent autour de trois questions-clés traitées dans mon article : les prochaines élections, la résistance irakienne et les visées des États-Unis.

1. Les élections irakiennes

Je suis heureux que nous soyons d’accord pour dire que l’argument que les élections ont eu lieu sous occupation étrangère n’est pas approprié (cependant la plupart de ceux qui, à gauche, " dénoncent " les élections recourent à cet argument spécieux). Tu reconnais également ces fait incontestables : que " ces élections ont été imposées à Bush et à Bremer par les manifestations de masse que le grand ayatollah chi’ite Ali Al-Sistani a appelées il y a presqu’un an ". Pour rappeler l’atmosphère de ce moment, permets-moi de citer la presse de ton propre parti. Dans Socialist Worker (de Londres) du 31 janvier 2004, un article intitulé " Plus profondément dans le bourbier " rapportait : " Dans le Sud dominé par les musulmans chi’ites, il y a eu des manifestations de dizaines de milliers en faveur d’élections directes immédiates. Le plan des États-Unis consiste à remettre l’autorité en juin à un conseil irakien fantoche, tout en gardant la réalité du pouvoir. Ce conseil ne serait pas élu, mais serait coopté par des réunions de notables locaux. Ce sont les futurs membres de ce conseil qui sélectionneraient les notables devant les coopter à leur tour. Ce projet a rendu furieux la grande majorité du peuple irakien. "

Je suis certain que si tu avais été directement impliqué dans la situation irakienne à ce moment, tu n’aurais pas hésité à soutenir la lutte des masses irakiennes pour imposer des élections aux occupants. Comment donc justifies-tu ton tournant ultérieur au sujet des élections ? Tu écris : " Mais les choses ont évolué depuis. Maintenant, chaque fois qu’un membre du régime fantoche montre des signes de faiblesse par rapport à la rébellion, c’est Bush, Blair et leur créature Iyad Allaoui qui insistent sur la nécessité de ne pas reporter les élections. Cela reflète le fait que les États-Unis ont développé une stratégie qui cherche à utiliser les élections pour légitimer l’occupation et exercer une pression pour que l’Union européenne et l’ONU s’impliquent davantage en Irak. "

Le fond de ton argumentation semble ainsi être : les masses irakiennes - ou du moins les chi’ites, qui constituent près des deux tiers de la population irakienne, dont les secteurs les plus opprimés et les plus pauvres, et qui ont été pratiquement privés de droits jusqu’à maintenant - ont, par leur mobilisation massive, forcé les occupants à tenir les élections. Nous pouvions les soutenir aussi longtemps que les occupants rejetaient leurs demandes. Mais depuis que Bush et Blair ont fait volte-face et ont accepté leurs demandes à contrecœur et que, naturellement, ils essayent maintenant de tirer de ces élections le maximum (avec un succès fort limité en réalité, comme la presse mondiale n’a pas manqué de le rapporter), nous devrions nous opposer aux aspirations des masses de tenir ces élections.

Crois-tu sérieusement que c’est une manière mature de définir une position politique ? C’est-à-dire en énonçant juste le contraire de ce que disent Bush et Blair, sans se préoccuper de la raison pour laquelle ils le disent et même s’ils ont été " forcés " à le dire ? Comment pourrais-tu expliquer ce changement de ton attitude à la grande majorité de la population irakienne, qui insiste pour que ces élections aient lieu et pense qu’elle a gagné le droit de les tenir par sa lutte ? Que pourrais-tu dire à ces millions qui regardent toute tentative de reporter ou de délégitimer ces élections comme une manœuvre des occupants ou des forces sectaires parmi les sunnites, les uns comme les autres ne pouvant tolérer l’idée d’un régime majoritaire (" chi’ite ") en Irak ?

Même si tu n’étais pas directement concerné par la façon de s’adresser à la population irakienne, comment pourrais-tu expliquer à l’opinion publique occidentale que ces élections, qui ont été imposées à Bush, sont illégitimes uniquement parce que Bush a fini par faire volte-face ? Et, ce qui est encore plus important, comment pourrais-tu défendre les résultats de ces élections supposées " illégitimes " si la majorité de l’assemblée élue se trouvait en conflit avec l’occupation (un scénario tout à fait possible, bien qu’il ne soit pas certain car il dépend, entre autres, de l’attitude de Washington) ?

C’est précisément sur ce point que ta première contradiction apparaît clairement. Tu écris : " Mais les élections produiront-elles un régime démocratique en Irak ? Non, pas plus qu’en Afghanistan. L’occupation continuera. Le régime fantoche restera en place. " (Tu sembles ignorer le fait que le mandat du gouvernement fantoche d’Allaoui arrive à son terme le 30 janvier et que la nouvelle assemblée est censée choisir un nouveau gouvernement). Puis tu poursuis : " Cela signifie que si le vote populaire est relativement authentique en janvier, le mouvement antiguerre devra demander que les États-Unis et leurs alliés se retirent immédiatement, permettant ainsi à la nouvelle assemblée de choisir un gouvernement qui reflète réellement les aspirations du peuple irakien. "

Si l’on considère que les élections sont illégitimes, comment pourrait-on défendre leur résultat ? Comment la nouvelle assemblée pourrait-elle refléter réellement les aspirations du peuple irakien et être en même temps illégitime ? Ne vois-tu pas l’incohérence d’une telle attitude ? Je ne voulais rien d’autre que te prévenir, ainsi que toute la gauche anti-impérialiste, du piège qui consistait à proclamer " illégitimes " les prochaines élections du seul fait que quelques groupes armés dont la base est sunnite et quelques partis sunnites réactionnaires essayent de les délégitimer avec des arguments contradictoires.

Je te prie de noter que je ne dis pas que le mouvement antiguerre ou la gauche anti-impérialiste devraient soutenir les élections - aussi longtemps du moins que Washington ne tente pas de les annuler - et encore moins que nous devrions soutenir leurs résultats quelles que soient les circonstances (1). Je dis seulement qu’il serait très erroné pour le mouvement et pour la gauche de condamner les élections à l’avance, ce qui nous mettrait probablement en porte-à-faux avec la grande majorité du peuple irakien. Cela dit, il se peut très bien que la majorité issue des prochaines élections négocie avec Washington et font des concessions aux États-Unis en Irak. Les communistes vietnamiens (en 1954) et le FLN algérien (en 1962) ont tous les deux fait d’importantes concessions dans le but de se débarrasser de l’occupation française de leurs pays respectifs ; cela ne les a pas rendu moins légitimes en tant que représentants de la majorité de leur peuple (2).

2. La résistance irakienne

Excuse-moi de citer mon article en soulignant quelques phrases : " Ce que l’on nomme "résistance irakienne" est un conglomérat de forces hétérogènes, dont bon nombre sont purement locales. Dans leur majorité, ce sont des personnes révoltées contre l’occupation brutale de leur pays, qui luttent contre l’occupant et contre ses auxiliaires irakiens armés. Un autre secteur des forces engagées dans les actions violentes en Irak est composé de fanatiques ultra-réactionnaires, essentiellement des intégristes islamiques, qui ne font pas de distinction entre civils, y compris irakiens, et militaires, et qui ont recours à des actes horribles, comme la décapitation de travailleurs immigrés asiatiques et l’enlèvement et/ou l’assassinat de toutes sortes de personnes qui ne sont nullement hostiles ou nuisibles à la cause nationale irakienne. Ces actes sont mis en exergue par Washington pour contrecarrer l’effet des attaques légitimes contre les troupes d’occupation : il est ainsi plus facile de présenter "l’ennemi" comme l’incarnation du mal.

" Cela montre pourquoi, par ailleurs, dans les pays occidentaux, où le mouvement antiguerre reste à construire urgemment, tout soutien à la "résistance irakienne" prise comme un tout est tout à fait contre-productif autant qu’il est profondément erroné (pour autant qu’il soit pavé de bonnes intentions politiques). Il faut faire une distinction claire et nette entre les actes contre l’occupation qui sont légitimes, et les actes de soi-disant groupes "résistants" qu’il faut dénoncer. Un exemple évident est le groupe dirigé par Zarqaoui et ses attentats confessionnels contre les chi’ites. "

Tu réponds en expliquant d’abord que " la plate-forme du mouvement antiguerre ne devrait pas inclure le soutien à la résistance armée à l’occupation " - une déclaration avec laquelle je suis entièrement d’accord et un principe dont j’ai récemment tenté de convaincre certains de tes camarades français et d’autres dans l’organisation antiguerre à laquelle j’appartiens en France (3). Puis tu introduis furtivement une modification importante dans l’attitude de ton parti - tu écris : " Bien sûr nous devons condamner les enlèvements et les décapitations perpétrés par des groupes comme celui de Zarqaoui ".

" Bien sûr " ? Était-ce vraiment si évident ? Alors pourquoi vous êtes-vous abstenus de prononcer une telle condamnation explicitement jusqu’à ce que votre parti et la coalition antiguerre que vous avez si efficacement construite et dirigée en Grande-Bretagne soient la cible d’une campagne vicieuse lancée par quelques droitiers dans le mouvement syndical qui ont saisi le prétexte de l’atroce torture et du meurtre du syndicaliste, membre du Parti communiste irakien, Hadi Salih (4) ? Mais dans tous les cas, ne sommes-nous pas maintenant pleinement d’accord sur cette question ? Au lieu de reconnaître cette réalité, tu tentes de minimiser l’importance du changement de votre position en disant que tu " refuses de mettre dans le même sac "la ‘résistance irakienne’ dans son ensemble" avec les obscénités pratiquées par Zarqaoui ". Puis, après avoir " supposé " correctement (n’est-ce pas assez clair dans ma citation rappelée plus haut ?) que je considère comme " légitimes " de nombreuses activités armées contre les occupants et leurs auxiliaires armés, tu me poses la question : " Pourquoi alors nous mettre en garde aussi longuement contre un soutien à Zarqaoui, alors que seuls quelques extrémistes islamistes et quelques gauchistes sectaires et idiots pourraient envisager de le faire ? "

La réponse à ta question est facile : c’est toi-même qui a choisi de " focaliser " spécifiquement sur Zarqaoui (5). Mon avertissement était plus large et plus général. Je n’ai mentionné le groupe de Zarqaoui qu’en tant que groupe qui pratique certaines des activités les plus évidemment condamnables effectuées au nom de la " résistance " à l’occupation.

3. Les visées des États-Unis

Un autre but de mon article était de souligner le fait que Washington applique une " stratégie de la tension " en Irak (pour emprunter une formule employée en Italie pour décrire un accroissement des tensions, provoqué de manière délibérée et de façon manipulatoire par les appareils étatiques et para-étatiques en vue d’imposer un état d’urgence ou son équivalent de fait). J’ai expliqué que la manière dont les occupants manipulent les relations entre les Kurdes et les non-Kurdes dans le Nord et entre chi’ites et sunnites dans le reste du pays pourrait présager une telle " solution " périlleuse de la dernière chance. Washington pourrait avoir recours à " la vieille recette impériale éprouvée "diviser pour régner", en prenant le risque d’enfoncer l’Irak dans l’enfer dévastateur d’une guerre civile ". J’avais présenté la manipulation des élections par l’occupant comme un des éléments de cette stratégie et ajouté qu’" il y a donc de sérieuses raisons de penser que le but réellement poursuivi [du violent assaut contre Falloujah] était précisément d’aggraver le chaos en Irak pour diminuer ainsi la légitimité du résultat des élections du 30 janvier 2005 ".

A ce sujet, tu écris : " L’idée que, comme tu le suggères, les offensives contre Nadjaf et Falloujah aient eu pour Washington le but de créer le chaos et de délégitimer les élections, me semble tout à fait fantaisiste. " Puis, quelques lignes plus loin, tu écris : " Mais je trouve très suspects certains incidents - par exemple les attentats anti-chi’ites commis avec des voitures piégées au sud de Bagdad et attribués à des militants salafistes. Confrontés à ce genre d’actions, on est en droit de se demander : à qui profite le crime ? Et de se souvenir de la longue et sanglante histoire de la CIA, du SIS et du reste des coups tordus de l’empire anglo-américain. Ce danger est très largement perçu : Ali Fahdi, un médecin irakien qui a aidé à la réalisation d’un film terrifiant qui vient d’être diffusé sur Channel Four ici en Grande-Bretagne, montrant la dévastation de Falloujah, dit que l’armée américaine a "accru les chances d’une guerre civile en utilisant leur nouvelle garde nationale de chi’ites pour liquider les sunnites à Fallujah". " Fantaisiste lorsque je l’écris, mais réaliste lorsque tu écris la même chose ?

Laisse-moi terminer cette lettre, qui devient déjà trop longue, en te citant une dernière fois. Tu écris que " dans les semaines à venir, le mouvement, aux États-Unis et en Grande- Bretagne tout spécialement, devra faire face à une grande entreprise idéologique visant à nous faire passer pour des antidémocrates partisans du terrorisme " et tu ajoutes : " Dans cette ambiance, très contrairement à tes intentions, ton texte ne nous aide pas, c’est le moins qu’on puisse dire. "

J’ai essayé de montrer pourquoi au contraire mon texte est beaucoup plus utile que la position que tu avais adoptée jusqu’à maintenant, si nous voulons contrer de manière efficace les tentatives de nous présenter comme des " antidémocrates partisans du terrorisme ". Mon article du 1er janvier a apparemment déjà contribué à quelques changements dans ta position. Permets-moi de répéter sa conclusion sur laquelle j’espère que nous sommes entièrement d’accord : " La tâche la plus urgente hors de l’Irak est de compléter les élections du 30 janvier et les actions légitimes de résistance à l’occupation des États-Unis et de leurs alliés en Irak, en construisant aussi largement et efficacement que possible la mobilisation pour la journée mondiale de manifestations contre la guerre du 19 mars 2005. "

Avec mes meilleurs sentiments. 18 janvier 2005

Traduit de l’anglais par J.M.

1. Pas plus que je n’appelle le mouvement antiguerre, comme tu sembles le croire, à " soutenir la stratégie de Sistani comme étant "la stratégie la plus fructueuse jusqu’à maintenant dans la lutte contre l’occupation". " C’est seulement mon opinion personnelle ; je pense, en effet, que les mobilisations de masse appelées par Sistani (c’est cela que j’ai voulu dire en parlant de sa stratégie, et non une quelconque autre des positions qu’il a prises) était clairement plus efficace pour forcer Washington à reculer que les actions armées. (De même, je pense que la première Intifada palestinienne avec ses manifestations de masse et ses lance-pierres fut beaucoup plus efficace que la seconde avec son recours aux armes à feu et aux attentats-suicides ; l’utilisation de la violence, à condition qu’elle ne soit pas aveugle, n’est pas une question de principe, mais une question d’adéquation des moyens aux fins, de rapport des forces et autres circonstances concrètes.) Cela ne signifie pas que les actions armées en Irak soient inefficaces ; elles sont efficaces, bien plus qu’en Palestine. J’ai souligné à de nombreuses reprises l’importance du bourbier irakien et j’ai parlé publiquement d’un " nouveau Vietnam " (je veux dire par là uniquement la perspective d’une défaite politique des États-Unis face à un embourbement militaire) dès les premiers mois de l’invasion.

2. Bien entendu, cela ne signifie pas que nous devrions soutenir toutes les concessions que fait une direction nationaliste (tu connais, par exemple, ma position au sujet des concessions de l’OLP qui ont culminé lors des " accords d’Oslo ").

3. Puisque tu mentionnes mes " anciens camarades " ( ?) en Grande-Bretagne - et, à ce propos, des amis britanniques et irlandais m’ont signalé que tu as déformé la position prise par l’IMG [International Marxist Group, ancien nom de la section britannique de la IVe Internationale] au cours des années 1970 en ce qui concerne l’Irlande - pourquoi ne mentionnes-tu pas mes " anciens camarades " du SWP américain [Socialist Workers Party, qui a rompu avec la IVe Internationale en 1990], qui ont joué un rôle-clé dans l’organisation du mouvement contre la guerre du Vietnam et qui ont mis en avant le principe du " mouvement à but unique ", choisissant très justement d’unifier le mouvement de masse autour de l’exigence du retrait immédiat des troupes (Bring the troops home now) ?

4. Je me réfère aux récentes lettres à The Independent (7 janvier) et The Observer (9 janvier) des dirigeants centraux de la Stop the War Coalition. La participation du PC irakien aux institutions mises en place par les occupants appartient à la vieille tradition opportuniste, qui a précédemment mené divers PC à collaborer avec les autorités coloniales dans leur pays respectifs lorsque les métropoles coloniales étaient alliées à Moscou contre l’axe fasciste au cours des années 1930 et 1940. Il n’était pas juste alors et il n’est pas plus juste aujourd’hui de faire de ces partis les cibles d’assassinats brutaux. (La manière dont Hadi Salih a été assassiné suggère que les criminels étaient probablement issus des restes de la redoutable police politique de Saddam Hussein.)

5. Ton affirmation que certains de mes arguments me " rapprochent dangereusement de Tony Blair " et sont " beaucoup trop proches du discours dominant à Washington et à Londres " sont de rares exemples d’excès polémiques d’un genre dont le reste de ta lettre est heureusement exempt.