Prochaine cible : l’Iran

Prochaine cible : l’Iran

Richard M Bennet

16 février 2005

Global Research

www.globalresearch.ca 8 février 2005

Traduction Jean-Marie Flémal

Les Etats-Unis menacent l’Iran de frappes militaires contre ses sites nucléaires

Arab Monitor , 6 février 2005

Alors que la secrétaire d’Etat américaine Condoleezza Rice est en visite en Israël, des experts du département américain de la Défense et des spécialistes israéliens ont concocté un plan visant à organiser des frappes militaires contre les installations nucléaires iraniennes. Quant aux experts de la Commission européenne à Bruxelles, qui ont révélé l’information, ils ont expliqué que cette nouvelle était destinée à inviter les négociateurs américains à se hâter de mettre la pression sur l’Iran et de le forcer à suspendre toutes ses activités relatives à l’enrichissement de l’uranium, tout en le menaçant de frappes militaires de la part des Etats-Unis et d’Israël s’il n’obéissait pas aux injonctions américano-israéliennes.

Les experts de l’UE ont également révélé que les Etats-Unis poursuivaient leurs activités secrètes en Iran dans le but d’espionner les sites nucléaires de ce pays et d’attiser les désordres ethniques et religieux afin de déstabiliser le gouvernement iranien. Ces révélations concordent avec des informations rapportées hier par les médias américains et selon lesquelles le sénateur républicain Pat Roberts, président de la Commission sénatoriale sur les renseignements, a déclaré que « nous devons être davantage préventifs, au sein de cette commission, pour essayer de regarder vers l’avant et de déterminer nos capacités de façon à ne pas nous retrouver englués dans une situation telle que celle que vous avez créée en Irak. Le but de l’audit du Sénat est de faire en sorte qu’aucune faiblesse dans les renseignements américains à propos de l’Iran ne soit dévoilée aux décideurs politiques et que les services américains d’espionnage disposent de ressources adéquates pour combler les vides dans la collecte des renseignements et informations sur la république islamique ».

Prochaine cible : l’Iran

par Richard M Bennett

www.globalresearch.ca

Aujourd’hui, on considère généralement qu’il est presque inévitable que les Etats-Unis fassent de l’Iran leur prochaine cible. Que ce soit sous la forme d’une invasion à grande échelle en vue d’opérer un changement de régime, auquel cas, cette invasion sera probablement reportée jusqu’au moment où un certain degré de stabilité aura été imposé à l’Irak, ou que ce soit sous la forme d’une brève campagne aérienne très pointue destinée à infliger des destructions maximales aux infrastructures nucléaires, balistiques et de contrôle du commandement de l’Iran.

Cette dernière option, comme s’en sont apparemment convaincus les néo-conservateurs de Washington, permettrait également de saper gravement l’élément conservateur anti-américain de l’actuelle direction de l’Iran.

L’Iran est bien conscient qu’en dépit de ses années d’efforts pour tenter à la fois de consolider et de dissimuler des secteurs vitaux de sa recherche scientifique et de ses programmes d’armements, il reste encore très vulnérable vis-à-vis d’une offensive aérienne de haute technologie ou à grande échelle de la part des Américains.

Abandonnez votre politique hostile, enjoint l’Iran aux Etats-Unis

L’Amérique n’est pas non plus la seule nation considérée comme une menace par Téhéran. Israël, avec son importante et efficace flotte d’avions de combat F-15 et F-16 à long rayon d’action, équipés d’armes sophistiquées, est capable d’infliger des coups dévastateurs aux capacités militaires de l’Iran.

Israël aussi a tiré de nouveaux avantages tactiques majeurs du fait que son aviation peut désormais opérer en toute sécurité et survoler une Jordanie docile et un Irak occupé.

Les forces aériennes israéliennes doivent également recevoir un énorme coup de pouce dans leur capacité offensive,avec la livraison de quelque 5.000 armes « intelligentes » de tir aérien, y compris quelque 500 « bunker-busters » (briseurs de bunkers) capables, avant d’exploser, de se frayer un chemin dans du béton armé ou dans des installations profondément enterrées.

Etant donné les arsenaux déjà substantiels d’Israël dans ce domaine, cet accroissement de ses stocks lui permettrait des attaques soutenues avec ou sans engagement supplémentaire des Etats-Unis. Israël n’est guère susceptible de laisser passer l’occasion de détruire la seule menace nucléaire islamique potentielle contre son existence, quand Washington lui donne effectivement un signal favorable.

Israël est prêt à bombarder les sites iraniens

L’Iran se trouve dans une position peu enviable : alors qu’il est un Etat islamique engagé, il ne se considère pas comme partie intégrante du monde arabe.

En effet, Téhéran est pleinement conscient de ce que de nombreux pays du monde arabe au sens large, et pas seulement les Etats du Golfe, détestent cordialement l’Iran et ont de bonnes raisons historiques de craindre son voisinage militairement puissant et autoritaire.

Par conséquent, l’Iran n’a guère de véritables alliés et, alors que de nombreuses nations arabes se sentiront peu à l’aise avec l’influence croissante des Etats-Unis dans la région, en même temps, elles verront plutôt d’un bon œil une sévère diminution de la puissance militaire de l’Iran.

Par ailleurs, l’Iran croit qu’en tant que nation majeure depuis de nombreux siècles, il a les mêmes droits à la défense nationale que la Grande-Bretagne, les Etats-Unis, l’Inde ou, sur ce plan, Israël.

Ceci inclut la possession de systèmes balistiques stratégiques perfectionnés et de capacités en armes nucléaires, et une bonne partie de la direction de Téhéran est très amère au vu de ce qu’elle considère comme un parti-pris de l’Occident, quand celui-ci permet un déséquilibre considérable et croissant au Moyen-Orient en autorisant, sinon en encourageant, Israël à devenir une superpuissance nucléaire régionale.

L’Iran clarifie sa position à propos du Cachemire

Depuis plus d’un demi-siècle, l’Iran n’a cessé de faire l’objet d’ingérences des Etats-Unis dans son système politique.

En 1953, une opération conjointe des services de renseignements américains et britanniques, visant à renverser le gouvernement légalement élu du Premier ministre Mohammad Mossadegh, déboucha sur un coup d’Etat réussi et sur la restauration d’un régime dictatorial pro-occidental, alors que, depuis la révolution islamique de 1978-79, qui allait en fin de compte destituer le shah, les tentatives américaines pour influencer secrètement ou renverser le gouvernement de Téhéran, se sont multipliées.

Téhéran est pleinement conscient de ce que, ces derniers mois, la CIA et des groupes d’exilés iraniens ont redoublé leurs opérations clandestines en Iran même, afin d’identifier des cibles possibles, de créer des troubles civils et de subvertir le corps des officiers de l’armée de terre et des forces aériennes. Le succès américain dans la neutralisation de grands nombres d’officiers supérieurs irakiens a été constaté avec une grande inquiétude en Iran et, en effet, la CIA a été en contact avec ce genre d’officiers durant plusieurs années et on croit qu’elle a mis sur pied nombre d’opérations hautement valables en vue de saper les défenses irakiennes.

Bush favorable à un changement de régime en Iran

Toutefois, et c’est d’une importance cruciale, on croit que, jusqu’à présent, ils n’ont pu mener à bien des tentatives similaires auprès des Gardiens de la République islamique (appelés les Pasdaran).

Le cours défensif qu’a apparemment décidé de poursuivre le gouvernement iranien vise à assurer un meilleur degré d’intégration entre les Pasdaran et les formations de l’armée régulière dans des situations de conflit potentielles et à accroître à la fois l’infiltration de l’armée par la branche de sécurité interne des services de renseignements, la Savama, et le nombre d’officiers fiables des Pasdaran en poste aux QG des brigades et des divisions afin qu’ils surveillent le moindre signe de duplicité de la part des officiers réguliers, ce qui rappelle grandement les commissaires ou officiers politiques auxquels recouraient les Soviétiques.

Dans un mouvement parallèle, on croit que le gouvernement iranien a déjà déplacé des centaines, si pas des milliers, d’officiers islamiques de confiance et de combattants des Pasdaran dans les zones chiites de l’Irak afin d’être en mesure de créer une campagne massive de subversion derrière les lignes américaines dans l’éventualité d’une attaque contre l’Iran.

L’Iran a également consenti des efforts considérables pour assurer la survie de sa direction politique et militaire en cas de guerre.

Quoique le fait soit régulièrement réfuté à Washington, il paraîtrait que des task-forces de spécialistes, constituées de paramilitaires de la CIA et de membres de la Delta Force, de même que les unités bien moins connues du « Gray Fox », faisant partie des services de renseignement top-secret de l’armée, soutiennent certaines activités. Il paraîtrait également que les ISA ont opéré comme des équipes spécialisées dans les assassinats, à la fois en Afghanistan et en Irak.

Les Etats-Unis accusent l’Iran de donner asile à des terroristes

La détermination à tuer de nombreux membres de la direction du pays et à paralyser la chaîne de commandement dès le début d’un conflit, en utilisant des bombes intelligentes, des missiles Cruise, des engins explosifs ou de simples balles est aujourd’hui l’une des stratégies bien établies des Etats-Unis. La direction iranienne sera sans aucun doute vilainement ciblée de la même façon, dans l’éventualité d’un conflit.

Certains observateurs croient aujourd’hui que le Savama a mis en place un programme spécialisé censé à la fois protéger la structure de commandement de la nation et, chose importante, d’être également en mesure de faire jouer la menace de représailles contre des dirigeants occidentaux.

Il est bien évident que l’Iran ne se considère pas comme un Etat paria ou en rupture grave avec le moindre accord international et, alors qu’il continue à protester énergiquement contre la position qu’on lui fait occuper, Téhéran s’est montré prêt à faire ce qui, sur papier du moins, s’avère être des concessions en vue d’éviter la guerre. Le 14 novembre, il a été rapporté que l’Iran avait notifié au chien de garde nucléaire de l’ONU qu’il était disposé à suspendre ses opérations d’enrichissement de l’uranium et autres activités annexes afin d’écarter les soupçons américains prétendant que l’Iran cherche activement à se construire un arsenal nucléaire.

L’Iran est d’accord pour un gel du nucléaire

Qu’il s’agisse d’une véritable démarche en vue d’éviter la confrontation ou d’une simple réponse à la réélection de George W Bush n’est pas très clair.

Bien que la démission du secrétaire d’Etat Colin Powell et son remplacement par Condoleezza Rice, actuelle conseillère du président en matière de sécurité nationale, vont inévitablement entraîner le départ d’une influence modératrice majeure sur la politique étrangère et peut-être même modifier l’équilibre du pouvoir à Washington en faveur d’une politique américaine plus agressive et plus affirmative à l’égard non seulement de l’Iran, mais également de la Corée du Nord, de la Chine et de la Russie.

Du point de vue de Téhéran, son statut à Washington s’avère désormais être celui d’un domino attendant de tomber.

Quand la direction de l’Iran regarde vers l’extérieur, elle voit à la fois et craint l’étau sans cesse resserré des bases militaires américaines créées autour de son territoire dans le Golfe, au Pakistan, en Afghanistan, dans les anciens Etat soviétiques de l’Asie centrale, en Turquie et, aujourd’hui, en Irak.

Ce dernier pays revêt tout particulièrement une énorme importance stratégique avec sa longue et très vulnérable frontière territoriale. L’Irak est le tremplin naturel pour toute force d’invasion future et le fait qu’une insurrection prolongée occupe d’importants effectifs américains doit jouer dans les intérêts de Téhéran.

Aussi court que puisse être un ralentissement notoire de l’Iran tant sur le plan des armes de destruction massive que dans son soutien déclaré aux Hezbollah et à ceux que Washington considère comme des groupes terroristes islamiques, ou si l’on assistait à un renversement majeur - très improbable - de la politique étrangère américaine, dans ce cas, certaine forme de conflit semble évitable aujourd’hui.

Les récents tests par l’Iran du missile à longue portée Shebab-3 lui confrère désormais les bases d’une capacité stratégique digne de confiance et efficace.

Ni l’Amérique ni Israël ne seront tentés de reporter l’action et d’attendre que ces systèmes soient complètement opérationnels.

C’est pourquoi l’Iran est susceptible d’être confronté à des décisions très dures d’ici très peu de mois, et ces décisions pourraient bien changer définitivement la face des choses au Moyen-Orient.

(c) Richard M Bennett Website

http://homepage.ntlworld.com/alan-turnbull/afi-research.htm