Au G8, George Bush peut se prévaloir d’une réconciliation internationale

Savannah (Géorgie) de notre envoyé spécial

Les dirigeants américains espèrent que le sommet annuel du G8 coïncidera avec le vote, à New York, d’une résolution du Conseil de sécurité des Nations unies, validant la mise en place d’un gouvernement intérimaire et la présence des troupes des Etats-Unis et de leurs associés, en Irak, pour les huit mois à venir.

Ghazi Al-Yaouar, président du gouvernement intérimaire, doit participer, mercredi 9 juin, au déjeuner qui suivra l’ouverture officielle du sommet, en compagnie d’autres dirigeants de pays arabes ou musulmans, invités à Sea Island, en Géorgie, pour discuter avec les chefs d’Etat ou de gouvernement des sept pays les plus riches du monde et de la Russie.

L’accord annoncé à New York sera du meilleur effet pour M. Bush. Il permettra au président américain de se prévaloir de l’appui de la communauté internationale à la manière dont il s’y prend pour tenter de sortir du guêpier irakien.

Quatre des huit pays participant au sommet - la France, l’Allemagne, le Canada et la Russie - étaient opposés, en 2003, à l’emploi de la force contre Saddam Hussein, tandis que le Royaume-Uni, l’Italie et le Japon partageaient ou approuvaient la position américaine. La précédente réunion du G8, à Evian, début juin 2003, moins de deux mois après l’entrée des troupes des Etats-Unis à Bagdad, avait évité de parler de l’Irak et souhaité bonne chance à M. Bush dans sa tentative pour relancer le processus de paix entre Israël et les Palestiniens. Un an plus tard, les difficultés rencontrées en Irak ont amené le président américain à adopter une stratégie plus respectueuse des réalités politiques irakiennes et à rechercher l’aide de l’ONU.

Dans le sillage de sa nouvelle politique en Irak, le président américain aimerait faire adopter aussi, par ses principaux partenaires, son projet d’incitation à la réforme dans les pays arabes et musulmans. "Personne ne croit, réellement, que le développement de la démocratie peut être imposé de l’extérieur", a déclaré Mme Rice, faisant droit aux objections de certains pays occidentaux, particulièrement de la France, à ce que le gouvernement américain a présenté sous le nom d’"Initiative pour le Grand Moyen-Orient". "Mais, a-t-elle ajouté, que le Moyen-Orient soit une région qui a besoin de changement est une idée partagée par tous ceux qui viennent au sommet et, certainement, par les membres du G8 ."

Mme Rice a souligné que le document intitulé "Partenariat pour le progrès et un avenir commun", qui doit être adopté, mercredi, par le G8, "est une déclaration très forte". Un responsable de la Maison Blanche, s’exprimant officieusement, a démenti les informations selon lesquelles le contenu du document politique aurait été édulcoré pour tenir compte des réserves de certains gouvernements arabes face à une mise en demeure de faire progresser la démocratie, la liberté et les droits de l’homme dans leurs pays. "Tout y est", a-t-il assuré, en parlant du texte auquel ont abouti les "sherpas" des participants au sommet.

Il a expliqué que l’importance donnée à la "société civile" n’est pas destinée à éviter de mettre en cause les gouvernements, mais, au contraire, à faire pression sur eux. Le "dialogue pour l’aide à la démocratie" est "un mécanisme" qui doit permettre de coordonner l’action des organisations européennes, américaines, canadiennes et japonaises de promotion de la démocratie.

Le G8 doit s’engager aussi sur un "Plan de soutien pour la réforme", qui établit des programmes d’action. La réunion des dirigeants de l’Afghanistan, de l’Algérie, de Bahreïn, de la Jordanie, de la Turquie et du Yémen, autour des membres du G8, devrait être un des moments forts du sommet. La présence du président intérimaire irakien lui donnera une dimension symbolique importante, pour M. Bush, qui a prévu d’avoir un entretien bilatéral avec M. Al-Yaouar, comme avec ses sept invités occidentaux.

L’autre sujet majeur, à l’ordre du jour du sommet, est la lutte contre la prolifération nucléaire. Mme Rice a indiqué que la Russie pourrait rejoindre le noyau central de l’Initiative de sécurité contre la prolifération (ISP), lancée par M. Bush il y a un an, et dont la France, a-t-elle souligné, est un "membre actif". Le champ de compétences de l’ISP, défini à Evian, devrait être étendu au renseignement militaire et à la coopération judiciaire. Les autres questions que doit aborder le sommet - croissance, aide au développement, lutte contre le sida - risquent de souffrir de l’importance prise par l’Irak, par le "Grand Moyen-Orient" et par la prolifération.

Habitués des réunions du G8, les altermondialistes n’ont aucune chance d’approcher de l’île où seront réunis les dirigeants occidentaux. Un vaste espace leur a été assigné à une centaine de kilomètres de là, à Brunswik sur la côte, où ils ont commencé, dès lundi, à planter leurs tentes et à déployer leurs banderoles.

Patrick Jarreau

• ARTICLE PARU DANS L’EDITION DU MONDE DU 09.06.04